Les Ateliers de la Protection Sociale

3 pistes pour dynamiser l’épargne retraite des salariés

Posté le 27 juin 2018

Les taux de remplacement, c’est-à-dire les rapports entre les pensions de retraite et les derniers salaires, ne cessent de baisser. Une étude de la Drees de 2015 montrait que le taux de remplacement moyen était passé de 80 à 75 % pour les générations 1936 à 1946. Cette tendance devrait se poursuivre et s’amplifier dans les années à venir. Les salariés commencent à en prendre conscience. Insouciants hier, ils sont aujourd’hui inquiets… mais pas au point d’engager des actions correctives. C’est sans doute le moment pour les employeurs de mieux valoriser ou compléter leurs dispositifs d’épargne retraite. Voici nos suggestions pour les y aider.

3 pistes pour dynamiser l’épargne retraite des salariés

Informer les salariés collectivement

Selon une étude Opinion way de 2017, 68 % des salariés se disent mal informés sur la retraite. S’ils sont de plus en plus préoccupés par la chute de leur niveau de vie au moment de leur départ en retraite, rares sont ceux qui peuvent évaluer correctement le montant des pensions auxquelles ils pourront prétendre auprès des régimes de base et des caisses complémentaires (régime général + Agirc et Arrco).

Les projections du COR (Conseil d’orientation des retraites) permettent d’y voir plus clair. L’organisme a établi plusieurs scénarios correspondant à différents profils. Par exemple, selon le COR, un non-cadre, né dans les années 1960 rémunéré 2 300 € brut en fin de carrière bénéficiera d’un taux de remplacement de 77 %. Le même profil né dans les années 1980 n’aura plus que 70 % au moment de son départ en retraite.

Plus les salaires augmentent, plus les taux de remplacement baissent. Ainsi, un cadre, né dans les années 1980, et percevant un brut mensuel de 6 800 € (2,7 SMTP), devra se contenter d’un taux de remplacement de 51 % lorsqu’il quittera la vie active après 2040, contre 57 % pour le cadre né en 1960.

Proposer des bilans « retraite » individualisés dès 40 ans

Ces cas généraux inciteront les salariés, et notamment les cadres, à se renseigner plus précisément sur leur cas personnel. Pour ce faire, il existe des simulateurs, notamment sur le site de la CNAV ou de l’Agirc-Arrco, ainsi qu’une application en ligne, proposée par Gerep, grâce à un partenariat avec la société Sapiendo. Cette application permet de transmettre son RIS (relevé de situation individuelle), puis de le soumettre à une analyse précise et un contrôle détaillé. 

Ces outils, très utiles, ne remplacent toutefois pas le conseil et les solutions apportées lors d’un bilan retraite individualisé. Nombre d’entreprises proposent ces prestations à leurs cadres cinquantenaires. Or, à 10 ans de la retraite, il est un peu tard pour engager des actions correctives efficaces. Par exemple, en versant des cotisations sur son contrat de retraite « Article 83 » à hauteur de 8 % de son salaire, un salarié né en 1965, c’est-à-dire, âgé de 52 ans, ne pourra faire remonter son taux de remplacement que de 2,7 %. Avec un même effort, le salarié né en 1975 pourra faire remonter son taux de remplacement de 6,6 % lors de son départ en retraite. La valeur ajoutée d’un bilan individualisé est donc beaucoup plus forte pour les salariés âgés de 40 à 50 ans. Ils sont plus sensibles à la problématique de la retraite que leurs cadets et ont une plus grande marge de manœuvre que leurs ainés.

Revoir les dispositifs en place et faire de la pédagogie

En 2016, près de 13 millions d’actifs, y compris les indépendants, bénéficiaient d’un dispositif de retraite supplémentaire, soit deux fois plus qu’en 2005. Cependant, si la Drees recense 4,8 millions d’adhérents à des contrats de retraite supplémentaire de type « Article 83 » en 2015, elle ne compte que 2,1 millions de cotisants, c’est-à-dire de comptes approvisionnés. Ainsi, la moyenne de cotisations versées sur ces contrats n’atteint même pas la barre des 700 euros par an et par adhérent.

Le faible niveau de cotisations s’explique, entre autres raisons, par l’existence de vieux contrats qu’il faudrait rénover. Certains contrats de retraite supplémentaire de type « Article 83 » n’ont pas été adaptés à la nouvelle réglementation qui permet la mise en place de versements individuels facultatifs (VIF). De même, certains Perco, mis en place sous la contrainte dans le cadre de négociations annuelles obligatoires (NAO) ont été soigneusement mis sous le tapis. Plus généralement, ces contrats collectifs donnent lieu à des actions de pédagogie au moment de leur mise en place, mais sont progressivement oubliés.

La loi Pacte aidera sans doute à dynamiser l’épargne retraite des salariés. Dans cette attente, il est toutefois essentiel de commencer par valoriser les contrats existants. Des salariés inquiets pour leur retraite, des contrats de retraite supplémentaire en déshérence, cherchez l’erreur !

Damien Vieillard-Baron.

Du changement dans les rachats de trimestres ?

Posté le 19 juin 2018

Le rachat de trimestres constitue un outil des plus efficaces, et fiscalement très attrayant, pour reprendre la maîtrise de sa date de départ en retraite. Plutôt simple à mettre en œuvre, il nécessite toutefois une certaine expertise pour opérer des choix stratégiques pertinents. D’autant que le prélèvement à la source et l’apparition d’un système de bonus malus sur les régimes complémentaires viennent compliquer la donne. Nos conseils pour un usage optimal du rachat de trimestres sur les prochaines années.

Du changement dans les rachats de trimestres ?

Le rachat de trimestres pour accélérer le temps

La Sécurité sociale permet de racheter des trimestres de cotisations, c’est-à-dire de verser une somme d’argent pour pouvoir anticiper son départ en retraite à taux plein. Par exemple, un cadre, né en 1960, qui touche des revenus confortables et désire prendre sa retraite à 62 ans, l’âge minimum légal de départ en France actuellement, constate qu’il lui manquera quatre trimestres pour bénéficier d’une retraite à taux plein en 2022. Impatient de passer ses journées à faire du tennis et du jardinage, il prend contact avec la Sécurité sociale, qui en fonction d’un barème actuariel, lui proposera une remise de peine en échange d’une contribution de 4000 à 6000 euros par trimestre. Une somme que le cadre pourra déduire de son revenu imposable. À raison d’un trimestre par an, notre cadre pourra donc diminuer du même coup son niveau d’imposition de manière significative et hâter son départ en retraite. Le rachat de trimestres est ainsi indiscutablement un levier efficace pour agir à court terme sur les conditions de son départ en retraite.

2018, année blanche pour les rachats de trimestres ?

L’année 2018 ne sera toutefois pas une année normale pour les contribuables. La mise en œuvre du prélèvement à la source au 1er janvier 2019, fait de 2018 une année « fiscalement blanche », puisqu’à partir de 2019, l’impôt sera prélevé sur l’année en cours et non plus sur l’année précédente. 

Dans ce contexte, mieux vaut sans doute différer son projet de rachat de trimestres d’une année. Sauf si vous enregistrez des revenus exceptionnels sur 2018 ! En effet, pour éviter les optimisations fiscales opportunistes, la loi a prévu une imposition au taux moyen des revenus exceptionnels de 2018 (par exemple, plus-values mobilières ou dividendes perçus). Ainsi, le coût du rachat de trimestres pourra venir en déduction de ces revenus exceptionnels. 

Si, en l’absence de revenus exceptionnels, vous décidez de reporter à 2019 votre rachat de trimestres, vous pourrez déduire intégralement la somme versée sur votre imposition de 2019. Aucun dispositif dissuasif n’a été institué pour pénaliser ce décalage. L’amendement 467 ne concerne, en effet, que les versements sur les contrats d’épargne retraite.

Changement de stratégie en 2019

À compter de 2019, tout rentre dans l’ordre… ou presque. Le système de bonus malus provisoire sur les régimes complémentaires Arrco et Agirc  s’appliquera, en effet, à compter du 1er janvier de l’année prochaine. Dans un précédent article, nous avions analysé l’opportunité de partir avant le taux plein pour éviter le malus. Avec le rachat de trimestres, le calcul mérite d’être actualisé ! Notre cadre, cité en exemple, pourrait, en effet, avoir intérêt à racheter un trimestre de moins pour partir en retraite avant le taux plein et échapper ainsi au malus. D’un côté, il évite de subir une minoration de 10% pendant 3 ans sur sa retraite complémentaire et économise le coût de rachat d’un trimestre, de l’autre, il subit une légère décote sur l’ensemble de sa pension de retraite viagère. A chacun de sortir sa calculette pour faire les bons arbitrages ou, plus prudemment, de faire le choix du bilan retraite individualisé

Gerep peut vous accompagner dans la réalisation de votre bilan grâce à son offre Sapiendo. 

Damien Vieillard-Baron.