Les Ateliers de la Protection Sociale

Retraite : l’inquiétude gagne du terrain

Posté le 04 janvier 2018

En matière de retraite, les Français sont en proie au doute. Une récente étude réalisée par Opinion Way pour les régimes complémentaires Agirc et Arrco confirme leur défiance vis à vis de ce pilier de notre protection sociale. Inquiets, insuffisamment informés, mal préparés, les salariés avancent dans le brouillard. Il leur apparaît, cependant, de plus en plus clair qu’ils devront se serrer la ceinture. Les prémices d’une prise de conscience quant à la nécessité de prendre en main cette étape de leur vie ? 

Retraite : l’inquiétude gagne du terrain

Retraite : la grande inconnue

40% des salariés du secteur privé déclarent ne pas être certains de disposer d’une pension de retraite. Seuls 30% se disent confiants tandis qu’une même proportion adopte la politique de l’autruche : ils n’y pensent pas. Ces chiffres traduisent tout bonnement l’incompréhension des Français à l’égard d’un système peu lisible. Ils sont 68% à se sentir mal informés. Un chiffre qui atteint les 79% chez les moins de 35 ans. 

Pour autant, l’étude révèle que peu de salariés font réellement l’effort d’anticiper la fin de leur vie active. Malgré l’incertitude et les craintes, ils ne sont que 39% à préparer leur retraite dès à présent, tandis que 60% remettent la question à plus tard. Une autre étude1 affirme même que l’effort d’épargne en vue de la retraite tend à se réduire. Ce qui augmente, à due proportion, l’angoisse vis à vis de cette échéance.

57% préfèreraient partir dès l’âge légal 

Pendant longtemps, les salariés français ont surestimé le montant de la pension qu’ils pensaient percevoir au moment de leur retraite. Ce n’est plus réellement le cas. Une étude TNS Sofres réalisée en 2014 montrait déjà une tendance à la baisse des revenus de remplacement espérés par les salariés. Aujourd’hui, 79% pensent que leur retraite sera insuffisante tandis que 50% des retraités estiment, pour leur part, que leur pension est suffisante. Un excès de pessimisme pour les salariés en activité ? Non. Ils ont, plus certainement, intégré l’idée que les revenus de remplacement sont amenés à diminuer au cours des prochaines décennies. 

Les Français seraient-ils, par conséquent, prêts à travailler plus longtemps pour gagner plus ? Non plus. 57% des salariés préfèreraient, au contraire, partir à la retraite dès l’âge légal de départ, quitte à obtenir une pension de retraite d’un montant moins élevé. Ils ne sont pourtant que 6% à considérer que la réduction des pensions seraient une piste acceptable pour rééquilibre le système des retraites. Plus globalement, les réponses révèlent que si les Français ont conscience des problèmes que leur réserve le futur des retraites, ils n’ont pas encore pleinement conscience des solutions. Or, pour préserver son niveau de vie à la retraite, sans allonger sa durée de cotisation, les salariés n’ont d’autre choix que d’épargner ou cotiser. Dans cette équation à trois inconnues, il sera difficile d’avoir le beurre, l’argent du beurre et le reste.

Damien VIEILLARD-BARON.

Le simulateur du COR pour lire l’avenir des retraites

Posté le 05 décembre 2017

Avec le dernier rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites), l’heure était à l’inquiétude et aux mauvaises nouvelles quant au déséquilibre, durable, du financement des retraites. Cette fois, changement de programme : les solutions sont à portée de clic. Le COR a mis en ligne un simulateur qui vous permet de sauver le système des retraites sans bouger de chez vous ! Un outil ludique, très instructif mais pas totalement rassurant.

Le simulateur du COR pour lire l’avenir des retraites

Six scénarios économiques prédéfinis

Le simulateur permet de choisir entre quatre scénarios différents correspondant à des taux de croissance annuelle des salaires, échelonnés de 1% à 1,8%, associés à un niveau de chômage à 7%. L’hypothèse de base est que ces niveaux « cibles » seront atteints en 2032 et resteront stables jusqu’à 2070. Deux variantes supplémentaires sont proposées, avec des taux de chômage à 10%, ou à 4,5% pour les plus optimistes.

Dans une volonté de simplifier les choses sur le simulateur, il a été fait le choix de parler de croissance des salaires. Dans le rapport du COR, on parle plutôt de croissance de la productivité du travail. Dans les deux cas, de quoi s’agit-il ? D’évaluer l’évolution de la base des cotisations. Car le COR a fondé ses projections sur la stabilité de la durée de travail et de la répartition du partage des richesses entre capital et travail. 

Au final, dans la mesure où la population active devrait peu progresser, on peut admettre une équivalence approximative entre les niveaux de croissance des salaires des différents scénarios et le niveau de croissance attendu du PIB. Par exemple, le scénario à 1,5% correspond à une progression du PIB oscillant entre 1,4% et 1,6% entre 2021 et 2070.

Trois leviers pour réduire le déficit

Une fois le scénario économique choisi, charge à l’internaute de moduler les trois variables susceptibles de corriger les déséquilibres du système : l’âge du départ en retraite, le niveau des cotisations et le niveau des pensions par rapport aux salaires. En rajoutant dès 2020, quelques mois à l’âge du départ en retraite ou un demi-point aux taux de cotisations, on réussit à atteindre l’équilibre plus précocement. Cet exercice est, toutefois, plus facile à faire sur un simulateur qu’à mettre en œuvre dans la réalité !

Les valeurs par défaut correspondent à la réglementation actuelle. Sans surprise, de 2030 à 2070, la fin de la vie active se stabilisera entre 63 et 64 ans ; ce qui correspond aux quarante trois années de cotisations requises pour les générations nées après 1973. Une certaine stabilité est attendue sur les niveaux moyens de cotisations. En revanche, le rapport entre les pensions et les salaires connaît un véritable effondrement dans les scénarios économiques les plus optimistes. Dans le cas d’une hausse constante des salaires à 1,8% par an, le rapport entre les pensions et les salaires passerait de 52% en 2017 à 34% en 2070. Si la hausse est à 1,5% par an, la chute est moins prononcée : 37% en 2070. Les pensions sont, en effet, indexées sur l’inflation tandis que les salaires suivent l’évolution de la productivité. Reste que le simulateur vous offre la possibilité de rogner les pensions, et accroître encore un peu plus l’écart de niveau de vie entre les retraités et les actifs. 

Vous connaissez désormais les règles : à vous de jouer ! Quelle option choisirez-vous ? Allonger la durée de cotisation et engager un bras de fer social, augmenter le niveau des cotisations au risque de sacrifier la compétitivité des entreprises, ou continuer de tasser discrètement les revenus des retraités ? Dans tous les cas, rassurez-vous : le simulateur vous donne les clefs pour faire varier les différents paramètres, mais ne vous oblige pas en assumer les conséquences auprès d’une opinion publique particulièrement irritable à ce sujet.

Lien vers le simulateur :
http://www.cor-retraites.fr/simulateur/

Damien VIEILLARD-BARON.