Les Ateliers de la Protection Sociale

Un tour en campagne #1 : la santé, gratuite ?

Posté le 20 avril 2017

La campagne présidentielle 2017 a donné lieu à son lot de débats enflammés sur un thème cher aux Français : leur santé. Après quelques mois de polémiques, il n’est désormais plus du tout question de déremboursements de petits risques ou même d’économies : être candidat, c’est promettre de nouvelles prises en charge, « gratuites ». Selon les cas, il s’agit des lunettes, des soins dentaires, ou même de la totalité des frais de santé.

Un tour en campagne #1 : la santé, gratuite ?

Non, la santé n’est pas gratuite !

Partout, il n’est question que de réduction du reste à charge. Pourtant, la santé des Français coûte cher, très cher : plus de 260 milliards € par an, soit près de 12% du PIB. La consommation de biens et de soins médicaux avoisine les 200 milliards €, financés depuis 2001 à plus de 76% par la sécurité sociale. Sur le quart restant, la part couverte par les complémentaires santé n’a cessé de progresser, le reste à charge patient diminuant  à 8,4% en 2015.

Derrière l’illusion de la gratuité agitée dans la plupart des programmes sur tout ou partie des dépenses de santé, se pose la question cruciale de la répartition équitable des coûts. En d’autres termes, qui va payer si les patients ne paient plus ? Avant de faire de nouvelles promesses, ne faudrait-il pas s’interroger sur la soutenabilité à long terme de la structure de financement de l’assurance-maladie ? De 2008 à 2016, la progression des dépenses a atteint 35 milliards €, soit près de 2,5% de hausse par an. Un coût essentiellement financé par les cotisations sociales et la CSG (contribution sociale généralisée), payées en grande partie par les salariés eux-mêmes.


Les vertus du reste à charge

S’il nous semble indispensable de conserver le principe d’un reste à charge, c’est, tout d’abord, pour des questions de financement dont les discours démagogiques n’ont que faire. Mais, c’est surtout pour responsabiliser les assurés individuellement, les associer à la préservation du système de protection sociale et à la maîtrise des coûts. La gratuité totale constituerait une incitation à consommer, même sans nécessité, un encouragement au comportement de « passager clandestin », et finalement un formidable coup d’accélérateur à la dérive des dépenses de santé. Ce qui est vrai pour les individus l’est également pour les entreprises : quel intérêt auraient-elles à poursuivre des programmes de prévention santé ?

À l’inverse, le maintien d’un reste à charge assurable par une complémentaire santé permet de favoriser l’accès aux soins tout en instaurant des stratégies efficaces de maîtrise des dépenses, par exemple, avec le développement des réseaux de soins. Plutôt que de laisser prospérer les formules creuses articulées autour de la gratuité, pourquoi ne pas promouvoir la belle idée d’une responsabilité collective, partagée, associant les patients et tous les acteurs de la filière à la préservation de notre système de santé ? 

Damien Vieillard-Baron

Quelle complémentaire santé au moment du départ en retraite ?

Posté le 06 avril 2017

Depuis le 1er janvier 2016, tous les salariés bénéficient d’une complémentaire santé cofinancée par leur employeur. Mais, au moment de goûter un repos mérité, les voilà contraints de reprendre en main la gestion de leur complémentaire santé et de faire un choix important qui engage leurs futures dépenses de santé ! Les plus de 60 ans ont des besoins particuliers et voient leur santé évoluer à cet âge. Ils recherchent une couverture adaptée à leur profil. Etat des lieux, explications et solutions.

Quelle complémentaire santé au moment du départ en retraite ?

Départ en retraite : des frais de complémentaire santé multipliés par 4

Peu de salariés ont conscience du coût réel de leur complémentaire santé lorsqu’ils sont en poste. Une couverture famille coûte en moyenne 1 100€ par an. Elles sont généralement prises en charge entre 50% et 60% par l’employeur. Au moment du départ en retraite, la quote-part financée par l’employeur disparait ! Pour peu qu’il ait bénéficié d’un contrat de type « famille obligatoire », le coup est encore plus rude. Sa complémentaire santé couvrait également son conjoint ; ce ne sera plus le cas, et il faudra désormais souvent assumer une cotisation par bénéficiaire. Cerise sur le gâteau, la tarification tiendra désormais compte de son âge, 62 ans ou plus, tandis qu’auparavant, il bénéficiait à plein de l’effet de mutualisation de tous les salariés de son entreprise.

Au final, à l’heure de quitter la vie active, il n’est pas rare que le coût d’une complémentaire santé bondisse à environ 213 €  par mois pour un couple de senior. Une explosion budgétaire à comparer au montant moyen des pensions en France : 1300 € par mois.

Trois solutions pour le jeune retraité

Certaines entreprises n’abandonnent pas la couverture santé de leurs anciens salariés.  Dans la plupart des grandes entreprises, ils peuvent bénéficier d’un contrat « miroir », qui prolonge à leur profit les conditions obtenues par l’employeur auprès de l’assureur. Naturellement, les retraités prennent en charge la totalité de la cotisation mais ils conservent des garanties équivalentes et bénéficient d’une certaine mutualisation grâce à l’entrée progressive de nouveaux « jeunes » retraités à leurs côtés.

La majorité des nouveaux retraités ne disposent pas de cette option. C’est alors la loi Evin qui s’applique. Elle leur garantit, dans un régime dit « d’accueil », que leur assureur leur propose un contrat individuel équivalent à celui dont ils bénéficiaient lorsqu’ils étaient actifs (garanties à l’identique). L’écart de prime doit être progressif et ne pas dépasser 100% de la cotisation la première année puis 125% la deuxième année et 150% la troisième année du montant payé par l’entreprise. Comme nous l’avons vu, avec la perte de la part patronale, ce tarif aboutit à multiplier par 3 ou 4 le montant supporté par le retraité.

Troisième solution : voler de ses propres ailes vers un tout nouveau contrat mieux adapté à ses besoins. L’occasion de jeter un regard attentif aux garanties telles que l’optique et les verres progressifs, le dentaire et le cas particuliers des implants et couronnes, ainsi que les hospitalisations.

Choisir un partenaire santé à long terme

Ces trois options méritent donc réflexion. Mais attention, il serait illusoire de vouloir raboter significativement le coût de la complémentaire santé : une complémentaire à prix bas laissera forcément un reste à charge important pour des dépenses optiques, dentaires ou les honoraires en cas d’hospitalisation. Quant à renoncer à sa complémentaire santé, ce serait tout simplement dangereux. Les frais de santé réels d’un retraité sont, en effet, 6 fois plus élevés que ceux d’un actif. De plus, si le nouveau retraité peut choisir au moment de son départ en retraite, ce ne sera progressivement plus le cas. À partir de 70 ans, nombre d’organismes refuseraient de l’assurer. En revanche, après trois ans d’affiliation d’un contrat individuel, l’assureur est soumis à un engagement viager, c’est-à-dire qu’il ne peut plus résilier son client. Lorsqu’il opte pour une mutuelle, le nouveau retraité, dynamique et en pleine forme, doit savoir qu’il choisit le partenaire santé qui l’accompagnera pour ses vieux jours et qui ne le laissera pas tomber. C’est là la bonne nouvelle !

Damien Vieillard-Baron