La retraite n’a longtemps été qu’un problème très lointain pour les salariés, et donc, pour les DRH. La certitude de pouvoir profiter de ses vieux jours à l’abri du besoin était même l’un des attraits principaux du salariat. Mais l’insouciance a cédé le pas à l’inquiétude, et les DRH doivent s’emparer du sujet. Jusqu’alors, parler retraite, c’était un peu ouvrir la boîte de Pandore, les discussions relatives aux rémunérations différées dérivant toujours vers l’épineuse question du revenu immédiat. Mais, la maturité et l’inquiétude grandissantes des salariés autour du thème de la retraite, rendent ce débat souhaitable voire indispensable au sein de l’entreprise.

De l’inquiétude collective à l’inquiétude individuelle

Le régime des retraites vacille sous le poids de la démographie. En cause : l’allongement de la durée de la vie et la diminution de la part des actifs par rapport aux retraités. En 1970, la population comptait trois actifs pour un inactif de plus de 60 ans. Ce ratio est aujourd’hui de 2,1 et devrait se rapprocher de 1,5 en 2050. En attendant de subir un éventuel allongement de la durée de cotisation, les salariés doivent, de toute façon, se préparer à un tassement du taux de remplacement en deçà de 50% pour les cadres partant en retraite, au terme d’une carrière pourtant sans accident. Une chute de revenus dont les salariés n’ont pas encore suffisamment conscience. Mais, après le déni, c’est la douche froide qui les attend.

Mourir trop jeune ou survivre à son épargne ?

Les salariés ignorent également leur propre longévité. Même avec les récents reports de l’âge de la retraite, celle-ci va durer, en moyenne, de 24 ans pour les hommes et 29 ans pour les femmes. Et plus encore demain, avec, de surcroît, une moyenne de 5 à 10 ans de vie en situation de dépendance. De sorte que le bas de laine accumulé au cours de leur carrière pourrait se vider bien trop vite ! Laisser quelque chose à ses enfants, voilà ce qui, hier, donnait du sens à l’épargne. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de s’organiser pour ne pas devenir une charge. Pour s’en prémunir, la bonne mesure consisterait à économiser autant pour sa retraite que pour sa résidence principale.

Des salariés inquiets mais peu réactifs et mal informés

Selon une étude TNS Sofres, 62% des 35 – 44 ans considèrent la retraite comme un sujet préoccupant. Mais seuls 38% affirment avoir commencé à préparer leur retraite sur le plan financier. Quant à savoir d’où doit venir l’information sur les solutions d’épargne retraite collective, ils sont 57% à citer l’employeur, devant le banquier ou l’Etat.

Certains DRH commencent à sensibiliser les salariés à cette problématique. Mais généralement, la question n’est abordée que lors de la mise en place d’un système d’épargne facultatif – Perco et le régime Article 83, ou 5 à 6 ans avant la retraite, pour un bilan, lorsqu’il est déjà trop tard pour réagir.

Il est temps que salariés et employeurs cessent de fermer les yeux sur la retraite. Ce repos mérité n’est pas un cadeau tombé du ciel ; il se construit pas à pas, au fil de ses bulletins de paie, tout au long de sa carrière. Ce en quoi il relève de la responsabilité du salarié, mais également de celle de son employeur.

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Les régimes facultatifs tels que le Perco ou les contrats à cotisation définie Article 83 sont d’excellents moyens de communiquer sur le thème, notamment autour des versements volontaires. Faire prendre conscience de la nécessité de se soucier de sa retraite, c’est aussi valoriser les efforts de l’entreprise dans ce domaine.

Il est, d’autre part, indispensable d’attirer l’attention des salariés sur les relevés de points envoyés à échéance régulière, et de faire de la pédagogie pour les aider s’emparer de ce problème.

Enfin, pourquoi ne pas proposer des bilans retraite, plus tôt, par exemple, aux salariés âgés de quarante à cinquante ans ? Avec des parcours de plus en plus chaotiques et l’impression confuse qu’ils ne bénéficieront pas des mêmes avantages que leurs aînés, les salariés ont, plus que jamais, besoin d’être accompagnés.

 Damien Vieillard-Baron

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