Le second tour des présidentielles pourrait donner lieu à un affrontement entre deux visions de la protection sociale. Comme ce sujet est souvent survolé dans les débats, voici quelques clés de décryptage pour mieux comprendre les silences qui entourent ces points de programme.

Marine Le Pen et sa stratégie de protection

Le programme de Marine Le Pen en matière de protection sociale est le plus « immobiliste » dans la mesure où il n’entend pas modifier la donne systémique. Il propose de maintenir des complémentaires santé qui coexisteront aux côtés du régime général. Simplement, Marine Le Pen a affiché son ambition de contrôler les tarifs en vigueur en limitant les frais de gestion. Quand on connait le flou qui entoure cette notion, on peut penser que les réformes seront limitées.

Les innovations principales de Marine Le Pen portent sur les retraites, supposées acquises à taux plein à 60 ans avec 40 annuités, et sur la préférence nationale qui devrait être introduite dans l’accès aux prestations et dans la fiscalité. La candidate évoque notamment la possibilité d’une augmentation du quotient familial.

S’agissant de la santé, le Front National développerait les maisons de santé et prendrait quelques mesures ponctuelles pour améliorer le système, sans bouleverser son économie d’ensemble.

Emmanuel Macron entamerait des réformes de structure

Du côté d’Emmanuel Macron, les réformes en matière de protection sociale pourraient être beaucoup plus ambitieuses, même si le candidat n’a pas encore pris le temps de détailler le contenu exact de ses propositions.

Le changement le plus important proposé par le « Marcheur » tient à la réforme systémique des retraites, même s’il ne s’est pas encore étendu sur le sujet. Il s’agirait d’individualiser les droits à la retraite en étendant à tous les assurés la logique de calcul en vigueur dans les régimes d’assurance retraite complémentaire.

Cette réforme des retraites dite notionnelle est pratiquée en Suède et en Italie. Le candidat a prévu de la précéder d’une grande consultation, qui laisse à penser qu’elle ne sera pas forcément mise en œuvre…

Dans le domaine de la santé, les propositions d’Emmanuel Macron ne sont pas forcément plus étoffées que dans le domaine de la retraite. En revanche, le candidat propose de fiscaliser les recettes de l’assurance maladie. Cela se traduirait par une forte baisse des cotisations, et par leur probable compensation fiscale. Une augmentation de la CSG est donc à prévoir.

À ce stade, il semblerait qu’Emmanuel Macron envisage de commencer par une suppression des cotisations salariales. La mesure n’a pas été détaillée, mais elle coûte environ 45 milliards d’euros et supposera un redéploiement fiscal.

Pour le reste, il a promis un remboursement à 100% des lunettes. Là encore, la proposition manque de détail et personne ne sait si cette promesse signifie une augmentation des remboursements par la sécurité sociale (dont le financement n’est pas expliqué) ou si elle confiera aux complémentaires santé le soin de rembourser au premier euro.

Damien Vieillard-Baron