Les réseaux de soins avaient-ils inventé le 100% santé avec 15 ans d’avance ? Presque… L’une de leurs promesses consistait notamment à fournir à leurs bénéficiaires des équipements optiques sans reste à charge. La réforme du « reste à charge 0 », désormais nommé 100% santé, leur coupe donc naturellement l’herbe sous le pied puisqu’elle détruit leur principal argument de vente. Néanmoins, si le modèle des réseaux de soins peut être ébranlé par la réforme, il conserve des atouts et des perspectives d’évolution.

L’argument prix des réseaux de soins se dissoudrait dans une offre uniformisée

Avec la réforme du 100% santé, les patients vont-ils se ruer sur la gamme d’équipements sans reste à charge définis par les pouvoirs publics ? C’est ce que semblent penser les commentateurs qui prédisent (ou espèrent) la mort des réseaux de soins. Désormais, les Français disposeront chez tous les praticiens – adhérents ou non à un réseau de soins – d’une gamme complète d’équipements optiques, et de prothèses auditives ou dentaires, de qualité suffisante, et sans reste à charge. Il restera toutefois quelques leviers de différenciation bien réels. Le panier de soins « Reste à charge 0 » exclut, en effet, les montures de marque et les verres nouvelle génération. Du côté des audioprothèses, certaines fonctionnalités, comme l’option « télévision » pourraient orienter le choix des patients vers des équipements à tarif libre. Cependant, dans la mesure où la nouvelle règlementation impose une modération des marges sur les produits et prestations du panier de soins, les praticiens auront sans doute à cœur de se rattraper, plus ou moins, sur les prestations à tarif libre. Réseaux de soins ou pas, on ne peut pas comprimer les prix sur l’ensemble de sa gamme.

Des atouts à valoriser pour les réseaux de soins

Si les réseaux de soins semblent avoir perdu leur meilleur argument, ils gardent pour l’instant une longueur d’avance dans deux autres domaines : le tiers-payant et les remboursements différenciés sur les prix libres. Sur cette offre, rien ne semble remettre en cause la possibilité pour les organismes complémentaires de mieux rembourser les prothèses et praticiens estampillés « réseau de soins ». De plus, dans un marché uniformisé, la confiance pourrait être le facteur de choix essentiel, garantissant la qualité et l’application « sans entourloupe » de la réforme 100% santé. Ainsi, les patients pourraient avoir avantage à maintenir leur confiance dans les réseaux de soins, et finalement conserver leurs habitudes.

Innover pour se différencier

Les réseaux de soins n’ont pas attendu la mise en œuvre effective de la réforme pour s’interroger sur leur modèle économique. La digitalisation leur offre l’occasion de passer d’un rôle de centrale d’achat à celui de facilitateur pour leurs bénéficiaires : aide à la recherche de praticiens, aide à l’analyse et la compréhension de devis. Le chat bot élaboré par Santéclair fournit déjà ces services. Leur capacité à collecter et traiter les données en fait, de plus, un allié incontournable des organismes complémentaires dans la lutte contre la fraude et la maîtrise des coûts. Enfin, le panier de soins 100% santé ne couvre pas la totalité des attentes des bénéficiaires. Il reste des zones à défricher dans les soins à tarif libre ou non remboursés par la Sécurité sociale, par exemple dans les médecines douces, le bien-être ou l’implantologie. Cette spécialité du dentaire est d’ailleurs appelée à s’amplifier dans les prochaines années. Les angles morts du nouveau système laissent donc une place aux réseaux de soins, mais pour s’y glisser, ils sont condamnés à innover. Cela tombe bien, c’est ce qu’ils ont toujours fait.

Damien Vieillard-Baron