• Quels sont les effets « consommation » de cette crise sanitaire sur l’économie de la santé ?
  • Quels sont les comportements des français durant cette période de confinement ?
  • Optiques, dentaires, soins courants… comment ont évolué les demandes ?

GEREP, société de courtage en assurance collective, s’est attachée par le biais d’une étude menée auprès d’une partie significative de son portefeuille clients (panel d’environ 60 000 bénéficiaires en gestion), à connaître les évolutions de consommation et de comportement de ses assurés dans ce contexte de crise sanitaire et économique.

Cette analyse a été effectuée dès l’annonce officielle des premiers cas de Covid-19 (24 janvier 2020) et a eu lieu d’une manière hebdomadaire (semaine du 20 janvier à la semaine du 19 avril, soit 13 semaines de données).

Il est certain que des effets différés ou décalés du confinement se révèleront dans un second temps, à moyen et long terme, avec l’apparition de pathologies consécutives au confinement. Mais qu’en est-il à très court terme ?

Principales conclusions de l’impact « consommation » sur la complémentaire santé

Un net recul des prestations en santé : -31% sur la période étudiée vs 2019 (20 janvier au 19 avril)

La crise sanitaire et économique engendrée par la pandémie de Covid-19 et le confinement de la population révèlent leurs premiers effets sur l’économie de la santé. Sans surprise, l’étude GEREP révèle que la crise du Covid-19 est loin d’être neutre sur les dépenses santé des français.

Celle-ci laisse, en effet, apparaître clairement une baisse significative des remboursements, et ce, particulièrement à partir du 16 mars, début de la période de confinement

  • Sur les 13 premières semaines de la crise sanitaire, il est constaté une baisse de 31% par rapport à la même période de l’année 2019
  • Une accentuation a été enregistrée à partir de la semaine de l’annonce du confinement (-65%), qui s’est suivie par une baisse significative lors des semaines du 23 mars, du 30 mars, du 6 avril et du 13 avril (respectivement -77%, -78%, -80% et -84% des dépenses de santé, soit en moyenne une baisse de 80%).

Une situation contrastée selon les actes
L’étude GEREP a souhaité également analyser dans le détail, l’impact du confinement sur les principaux postes qui représentent 80% des dépenses d’une complémentaire santé, à savoir :

  • Optique : 26 % des remboursements
  • Dentaire : 21 % des remboursements
  • Consultations visites : 11 % des remboursements
  • Hospitalisation : 11 % des remboursements
  • Pharmacie : 10 % des remboursements

1 – Le secteur optique : -55% sur la période étudiée vs 2019 (20 janvier au 19 avril)

Le secteur optique a vécu un début d’année marqué par la mise en application effective du plafonnement des équipements optiques à la suite de la réforme dite du « 100% Santé ». Les remboursements d’équipements optique ont donc logiquement baissé, et ce, avant même le confinement, en revanche un décrochage violent est noté dès la semaine du 16 mars.

  • Un premier niveau de baisse, certainement lié au 100% Santé, est d’abord observé (-32% en moyenne) avant une chute vertigineuse de 90% de la consommation en période de confinement.
  • Par ailleurs, il est également intéressant de noter que les montures enregistrent une baisse de 55% sur la période étudiée par rapport à 2019.

2 –  Dentaire : -30% sur la période étudiée vs 2019 (20 janvier au 19 avril)

L’application de la réforme 100% santé, qui prend en compte la position de la dent et le matériau utilisé pour les prothèses dentaires, a plutôt augmenté le niveau des remboursements depuis le début d’année. La période de confinement, avec la fermeture des cabinets dentaires, a réduit à presque zéro la consommation.

  • En effet, l’étude GEREP révèle un net décrochage de la consommation de soins dentaire : avec une baisse de près de 90% dès la première semaine de l’annonce du confinement, de 98% la semaine du 6 avril, et une consommation nulle  la semaine du 13 avril.

3 – Soins courants

Il apparaît clairement une diminution des consultations et visites médicales, tant pour les médecins spécialistes que pour les médecins généralistes, très certainement liée à la peur des français de se rendre, tout simplement chez le médecin.

  • Généralistes : en moyenne -19,5 % sur la période et -68% au plus fort de la 13ème semaine.
  • Spécialistes : en moyenne -20,5 % sur la période et -79% au plus fort de la 13ème semaine.

Quant au poste pharmacie, l’étude met en exergue un comportement des Français en deux temps :

  • Jusqu’à début avril, ils se sont révélés, beaucoup moins réfractaires à se rendre en pharmacie. En effet,on constate aucun impact du confinement, ce poste se retrouve d’ailleurs une augmentation de 1,5%.
  • En revanche, une chute brutale de 33% a été enregistrée ces deux dernières semaines (moyenne -11,33% sur 13 semaines).

Enfin, l’inertie généralement constatée sur le poste Hospitalisation (décalage de traitement du tiers payant hospitalier et autres retards de facturation) ne permettent pas d’observer d’effets significatifs, sur le 1er trimestre en tout cas. L’écart constaté est de -8.4% sur 13 semaines mais avec des variations fortes selon les semaines.

Il conviendra de voir si le report des hospitalisations non urgentes prévues aura un impact sur le second trimestre ou au-delà lors de la reprise d’activité hospitalière. L’écart constaté semble faible au regard des effets d’annonce sur ce point.

4 – Projections

Autour de la date prévue de sortie du confinement (11 mai à ce jour), il est possible de prolonger nos courbes sur une consommation sur 36 semaines par exemple en modélisant la consommation 2020 jusqu’au 31 décembre selon un scénario qui ne sera vérifié qu’à posteriori mais que l’on peut imaginer en forme de « logo Nike ». En effet, un rattrapage aura lieu dès la fin du confinement mais certainement pas à la hauteur de la baisse observée et pas tout de suite : les différents praticiens ne pourront absorber plus qu’un certain volume de rendez-vous dans leurs agendas alors surchargés.

A partir du modèle en « accent aigu » ou « Nike » donc hors effet de rattrapage, nous avons évalué l’impact sur la consommation annuelle à une baisse de 8% (sur la base d’un sous panel de 11.000 assurés).

Si la courbe devait être en U, l’impact serait forcément limité.

 « Pour mesurer les impacts économiques globaux sur les complémentaires santé, il faudrait intégrer les mesures du plan de soutien mis en place par les assureurs – différé de paiement des cotisations et maintien des garanties notamment – ainsi que l’impact des impayés de cotisations en cas de défaillance d’entreprises, de la portabilité des garanties en cas de hausse du chômage et enfin de l’impact lié au chômage partiel.

S’il est trop tôt pour mesurer l’impact de la crise, nous savons déjà qu’il excédera amplement la question sanitaire :  impacts financiers, économiques, assurantiels notamment. Les coûts de la pandémie ne se limiteront pas qu’aux pertes humaines, mais comprendront aussi les effets physiques sur les personnes infectées, ainsi que le traumatisme mental.

Certains spécialistes parlent de symptômes de stress traumatique, de confusion et de colère. Tous ces facteurs sont exacerbés par la peur de l’infection, l’accès limité aux biens de première nécessité, la circulation de fausses informations ou les difficultés économiques. Par ailleurs, il a été démontré que le stress et l’anxiété peuvent entraîner une croissance des violences domestiques ainsi qu’une augmentation de la consommation d’alcool. »

Damien Vieillard-Baron, Président de GEREP.

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