Aider un proche malade ou un parent âgé en perte d’autonomie n’est pas une pratique nouvelle, mais les termes qui désignent cette pratique sont assez récents : aidant naturel, proche aidant, aidant familial. Et on les entend prononcés de plus en plus souvent, dans les projets de réformes, dans les études ou dans les accords de qualité de vie au travail signés en entreprises. Preuve que le fait d’avoir une personne à aider dans sa famille ou son entourage proche ne peut plus être considéré comme un problème cantonné à la sphère privée.

8 à 11 millions d’aidants en France

Les aidants sont des personnes qui viennent régulièrement en aide, à titre non professionnel, à un parent, ami, voisin ou conjoint en perte d’autonomie, du fait de son âge, de la maladie ou d’un handicap. Dans 90% des cas, l’aidant est un membre de la famille. Selon un baromètre BVA, ils seraient aujourd’hui entre 8 et 11 millions en France, soit un Français sur 6. Un chiffre amené à progresser de manière exponentielle avec le vieillissement de la population. En effet, en 2050, il y aura trois fois plus de personnes de plus de 85 ans qu’aujourd’hui. Or, dès à présent, 8 aidants sur 10 ont le sentiment de ne pas être suffisamment aidés et considérés par les pouvoirs publics.

Un congé proche aidant rémunéré prévu pour le mois d’octobre

Face à cette situation, le gouvernement a élaboré une Stratégie de mobilisation et de soutien en faveur des aidants. Dix-sept « mesures-clés » qui visent notamment à rompre l’isolement des aidants, leur offrir des solutions de répit, leur donner accès à des informations, à un accompagnement voire à des formations… La mesure la plus spectaculaire semble être l’indemnisation à partir du mois d’octobre 2020 du congé proche aidant, pour une durée de trois mois. Les salariés qui aident, de manière fréquente et régulière, un proche en situation de dépendance, pourront bénéficier d’une rémunération de 43 € par jour pour ceux qui vivent en couple, ou de 52 € pour les personnes seules, versée par la CAF ou la MSA. Ces congés pourront être fractionnés pour faire face à des besoins ponctuels, ou étalés dans le temps de manière à réorganiser son agenda autour d’une activité à temps partiel. À moins d’une urgence, à justifier, le salarié devra respecter un préavis d’un mois pour déposer une demande auprès de son employeur. Les conditions d’accès et le montant de l’indemnisation devraient être confirmés dès septembre dans un décret d’application.

Les entreprises appelées à participer à l’effort collectif

Pour les entreprises, ces mesures apportent leur lot de nouvelles contraintes ; par exemple, l’inscription du soutien aux aidants parmi les thèmes de la négociation annuelle obligatoire. C’est aussi, pour elles, l’occasion de traiter un problème invisible mais réel. 61% des aidants travaillent et 44% d’entre eux affirment avoir des difficultés à concilier leur rôle avec la vie professionnelle. Certains délaissent leur santé, ou leur carrière, et plusieurs études sur l’absentéisme montrent que la situation de proche aidant aggrave le phénomène. 25% des aidants ont dû s’absenter au cours des 12 derniers mois pour s’occuper de leur proche, pour une durée moyenne de 16 jours.

Plusieurs grandes entreprises, comme PSA, ont annoncé, dans le cadre des négociations sur la qualité de vie au travail, des accords incluant un volet significatif en faveur des aidants : reconnaissance, accompagnement, conseil et aménagements particuliers pour le salarié en cas de dépendance lourde chez la personne aidée. Dans le cadre de son programme GPS, Gerep propose également des solutions permettant de mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle, et d’accompagner les salariés dans leurs démarches ou pour faire face à des difficultés passagères. Longtemps invisibles dans l’entreprise, trainant leurs contraintes personnelles comme un boulet, les aidants sortent de l’ombre en gagnant quelques privilèges. Désormais arrimé aux questions de qualité de vie au travail, le statut d’aidant ne pourra plus être ignoré. C’est désormais une tendance lourde et irréversible : la santé et le bien-être des salariés sont aussi l’affaire de leur employeur.

Damien Vieillard-Baron