Les Français s’inquiètent pour leur retraite. Ils craignent, parfois jusqu’à l’excès, une réduction de leur niveau de vie, mais redoutent plus que tout de devoir travailler plus longtemps. Pour autant, ils rechignent à prendre en main et exploiter pleinement les solutions d’épargne salariale et d’épargne retraite qui leur sont proposées. Le baromètre du Cercle des Epargnants, intitulé « Les Français, l’épargne et la retraite » publié en février 2021 donne quelques pistes pour mieux comprendre ce paradoxe apparent.

La retraite : l’inquiétude et l’incertitude dominent

78% des Français expriment une inquiétude à l’égard du système de retraite. Les déséquilibres démographiques et financiers qui menacent le fonctionnement actuel ne leur ont pas échappé ! À titre personnel, la principale crainte, évoquée par plus de 80% des personnes interrogées concerne le manque d’argent. Mais ce jugement est peut-être moins lié à une anticipation pessimiste de l’évolution du niveau des retraites, qu’à une mauvaise perception du niveau de vie réel des retraités aujourd’hui. En effet, trois quarts des actifs estiment que les retraités ne disposent pas des ressources suffisantes pour vivre correctement ; tandis que seul un retraité sur trois estime que lui-même ne dispose pas du nécessaire pour vivre correctement. Ainsi, après avoir angoissé pendant toute leur vie active, la plupart des retraités découvriraient stupéfaits que leur sort est finalement acceptable. Une erreur de jugement qui trouve sans doute son explication dans la difficulté à prévoir le montant de sa retraite. 65% des actifs ne savent pas ce qu’ils toucheront une fois en retraite. Et 77% trouvent ce calcul difficile. Dans le doute, on imagine le pire.

Les fonds de pension, une solution ?

Pour parer à la menace qui plane sur le système des retraites, les personnes interrogées ont placé en première position des actions à mener… le développement des « fonds de pension ». 53% le souhaitent ; 24% s’y opposent. L’augmentation des cotisations obtient un score légèrement moins favorable. En revanche, le recul de l’âge du départ en retraite ou la diminution des pensions sont massivement rejetés. Les Français sembleraient donc prêts à capitaliser pour sécuriser leurs vieux jours, afin d’éviter de travailler plus. Pourtant, dans les faits, ils comptent peu sur l’épargne pour leur retraite. S’ils mettent de l’argent de côté, c’est majoritairement pour constituer une épargne « de précaution ». Seul un sur quatre affirme détenir un produit d’épargne en vue de sa retraite. Les freins évoqués sont le manque d’informations sur ces produits et le refus d’immobiliser son épargne sans possibilité de débloquer ses fonds en cas de besoin.

Le PER possède des atouts méconnus

L’enquête va plus loin en s’intéressant au PER, le nouveau dispositif imaginé dans le cadre de la loi Pacte. Deux tiers de ceux qui possèdent un produit d’épargne retraite (PERP, Art.83, Perco, Madelin…) ne savent même pas que ces produits ne peuvent plus être souscrits. La grande majorité d’entre eux n’envisagent pas de basculer sur le nouveau dispositif. Raisons invoquées : la hantise de démarches complexes ou la connaissance insuffisante du nouveau produit d’épargne. C’est sans aucun doute cette méconnaissance qui constitue le frein le plus puissant au développement de l’épargne retraite. 83% des répondants jugent, en effet, prioritaire d’améliorer l’information des salariés sur l’épargne salariale. 81% souhaiteraient que les règles encadrant l’épargne retraite soit clarifiées.

Au final, le PER répond à de nombreuses attentes des Français : plus de facilité pour les déblocages anticipés, plus de souplesse dans les modalités de sorties en rente ou en capital, plus de carté dans l’offre, en rassemblant tous les produits disponibles en un seul dispositif. Le seul hic : la mise en œuvre du PER est passée totalement inaperçue ! Le besoin d’explications et de pédagogie est criant. Et si les employeurs étaient finalement les mieux placés pour prendre en charge l’information des salariés ? Ce serait une occasion d’apporter aux salariés une aide réelle sur un sujet qui les préoccupe de plus en plus tôt ; mais également de valoriser tout ce qui est fait dans l’entreprise en matière de protection sociale complémentaire et d’épargne salariale. En tout cas, l’étude du Cercle des épargnants montre bien que les Français sont prêts à tendre l’oreille sur ce sujet.

Damien Vieillard-Baron

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