La cinquième édition du baromètre sur les arrêts de travail vient d’être publiée. Cette enquête réalisée par BVA et Workplace Options,(partenaire de Gerep pour l’offre GPS) vise à mieux comprendre l’absentéisme et la manière dont les entreprises appréhendent le phénomène. Même si le sujet est sous le feu des projecteurs depuis des années, plusieurs résultats arrivent quand même à nous surprendre et à remettre en question certaines idées reçues.

Il y a moins de salariés absents (mais les arrêts durent plus longtemps)

Entre 2016 et 2019, le taux de salariés ayant déclaré un arrêt de travail est passé de 40% à 36%. Mais si les absents ont été moins nombreux, les absences ont duré plus longtemps. La part des arrêts de travail supérieurs à une semaine est ainsi passée de 36% à 43% au cours des trois dernières années. Résultat : le taux d’absentéisme atteint les 3,9% en 2019 contre 2,8% en 2014 ; ce qui révèle, sur les cinq dernières années, une croissance du taux d’absentéisme de 6,85% par an.

Ces chiffres se combinent aux observations du rapport Berard-Oustric-Seiller pour désigner le responsable de la hausse de l’absentéisme : les arrêts de longue durée. Un constat inquiétant car plus l’absence se prolonge, plus le retour à son poste devient difficile. En ce qui concerne les arrêts maladie de plus de 15 jours, la France fait partie des plus mauvais élèves en Europe. Quand les Français sont en arrêt maladie, ils y restent…

Le burn-out : pas d’épidémie mais un mal qui couve

Les maladies ordinaires et les troubles musculo-squelettiques sont, sans surprise, les premières causes d’arrêt maladie. L’épuisement professionnel arrive en troisième position. 7% des salariés déclarent avoir fait une pause pour cause de burn-out. Un chiffre pas si marginal si l’on se souvient que seuls 36% des salariés se sont mis en arrêt sur l’année écoulée. Parmi ceux-ci, 23% invoquent une cause liée à leur travail. Si le mal-être au travail fait autant parler de lui, ce n’est donc pas dû à une explosion du nombre de burn-out qui serait liée à une dégradation brutale des conditions de travail, mais plutôt à une prise de conscience tardive. Le mal-être au travail ou l’épuisement professionnel sont des moteurs importants de l’absentéisme sur lesquels les employeurs peuvent directement agir.

Une majorité de DRH n’ont aucune idée du coût de l’absentéisme !

Mettre en œuvre la qualité de vie au travail, c’est accéder à de nouveaux gisements d’efficacité et d’économies pour l’entreprise. Car l’absentéisme coute cher. Or, 59% des DRH déclarent ne pas avoir d’idée du coût des arrêts maladie pour leur entreprise. Seuls 16% disent en avoir une connaissance précise. Faut-il y voir une source de blocage ? Sans doute. Il est difficile d’investir dans le bien-être au travail quand on ne sait pas précisément ce que l’investissement peut rapporter.

Moins d’un DRH sur deux a engagé une démarche QVT / RPS

Les entreprises se mettent en conformité avec la loi, à leur rythme. La plupart ont mis en œuvre le DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels) obligatoire depuis 2002. Les questions concernant l’ergonomie des postes de travail, la pénibilité ou la prévention des troubles musculo-squelettiques sont majoritairement prises en compte. Mais moins d’un DRH sur deux a engagé une démarche QVT (Qualité de vie au travail). C’est pourtant une obligation légale depuis la Loi Travail de 2017 qui impose de traiter un certain nombre de sujets dans le cadre de la Négociation Annuelle Obligatoire. De plus, en cas de mise en cause par un salarié, l’employeur doit prouver qu’il a déployé des efforts de prévention suffisant contre les risques psycho-sociaux.

La médecine du travail plébiscitée !

Pour 72% des DRH, la Médecine du travail est l’interlocuteur le plus adéquat pour évoquer les arrêts de travail. Seuls 12% des DRH font appel à des entreprises spécialisées dans la prévention. Ces chiffres dénotent une vision « défensive » et individualisée de la prévention des risques. Si les DRH prennent progressivement conscience des enjeux qui entourent l’absentéisme, ils se contentent encore trop souvent de réagir en réponse à des crises ou des problèmes identifiés. Il reste encore du chemin à parcourir pour que la démarche QVT soit envisagée comme un outil au service de la performance.

Damien Vieillard-Baron