Santé mentale : priorité nationale et enjeu stratégique pour les RH

Rédigé par Margaux VB        Publié le 12/12/2025

La santé mentale est aujourd'hui au cœur des préoccupations nationales. Elle marque un tournant décisif dans la reconnaissance et la prise en charge du bien-être psychologique de tous les Français. Cette mobilisation concerne aussi bien la sphère personnelle que professionnelle, avec un accent particulier sur le monde de l'entreprise et la responsabilité des employeurs.

Elle impose aux RH de repenser leurs pratiques pour garantir le bien-être psychologique des salariés et assurer la performance globale de l’organisation.

 

Qu'est-ce que la santé mentale ? Une définition essentielle

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale correspond à un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux sources de stress de la vie, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté. Elle constitue un droit humain fondamental et fait partie intégrante du bien-être général. La santé mentale ne se limite pas à l'absence de troubles psychiques. Elle englobe trois dimensions complémentaires :

  • La santé mentale positive : caractérisée par l'épanouissement personnel, l'estime de soi et la capacité à faire face aux difficultés
  • La détresse psychologique : un état de mal-être réactionnel à des situations éprouvantes qui n'est pas nécessairement révélateur d'un trouble mental
  • Les troubles mentaux : des pathologies psychiatriques diagnostiquées qui nécessitent une prise en charge adaptée

 

Les chiffres alarmants de la santé mentale en France

Une situation préoccupante qui touche tous les Français

Les données récentes révèlent l'ampleur du défi auquel la France fait face. Selon le ministère du Travail et des solidarités, 13 millions de Français présentent un trouble psychique chaque année, et une personne sur quatre sera confrontée à un trouble mental au cours de sa vie. Plus préoccupant encore, 53% des Français déclarent avoir été en souffrance psychique au cours des douze derniers mois.

L'enquête Ipsos x Qualisocial de 2025 souligne que 55% des personnes interrogées pensent souvent, voire très souvent, à leur santé mentale. Par ailleurs, 36% des Français déclarent que le stress a perturbé leur vie à plusieurs reprises au cours de l'année écoulée.

La santé mentale au travail : un enjeu majeur pour les entreprises

Le monde professionnel n'est pas épargné. Les troubles psychologiques constituent aujourd'hui la première cause des arrêts maladie de longue durée en France. Les statistiques sont édifiantes : 25% des salariés estiment avoir une mauvaise santé mentale et 38% des salariés se sont retrouvés en situation de stress au cours des 12 derniers mois. Les maladies psychiques reconnues d'origine professionnelle ont connu une hausse en 2023 et 45% des salariés français se disent en état de détresse psychologique selon le Baromètre Empreinte Humaine.

 

2025 une année charnière pour la santé mentale

La désignation comme Grande Cause Nationale

Le gouvernement français a officiellement désigné la santé mentale comme Grande Cause Nationale 2025, avec le slogan « Parlons santé mentale ! ». Cette reconnaissance marque une volonté politique forte de faire évoluer les mentalités et les pratiques. Elle s'articule autour de quatre objectifs prioritaires :

  1. La déstigmatisation : changer le regard des Français sur les troubles psychiques et mentaux
  2. Le développement de la prévention : renforcer le repérage précoce des troubles
  3. L'amélioration de l'accès aux soins : garantir un accompagnement de qualité sur tout le territoire
  4. L'accompagnement global : soutenir les personnes concernées dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne

 

Une mobilisation qui s'impose aux entreprises

Le 28 août 2025, l'Alliance pour la Santé mentale, en collaboration avec le gouvernement, a lancé la première Charte d'engagement pour la santé mentale au travail. Cette charte vise à inciter les organisations, quels que soient leur secteur d'activité et leur taille, à s'engager durablement dans une démarche vertueuse.

Toute entreprise signataire s'engage à mettre en œuvre quatre piliers d'actions dans un délai de trois ans pour sensibiliser sur le sujet de la santé mentale. Prévenir les risques psychosociaux en agissant sur l'organisation du travail. Mais aussi, détecter les signaux faibles et accompagner les collaborateurs en difficulté et surtout orienter les personnes dans le besoin vers les professionnels de santé appropriés.

 

Les facteurs qui impactent la santé mentale au travail

L'organisation du travail : un levier majeur

L'organisation du travail joue un rôle central dans la prévention des risques psychosociaux. Plusieurs déterminants organisationnels influencent directement la santé mentale des collaborateurs :

  • La charge de travail excessive et la régulation inadéquate des tâches
  • Le manque d'autonomie et de clarté dans les missions
  • L'absence de reconnaissance au travail et de soutien managérial
  • La qualité dégradée des relations professionnelles
  • Les horaires de travail contraignants et l'équilibre vie pro/vie perso compromis

La responsabilité légale de l'employeur

En France, les employeurs ont une obligation légale de garantir la sécurité et la santé physique et mentale de leurs salariés. Selon l'article L4121-1 du Code du travail, cette responsabilité inclut la prévention des risques psychosociaux, reconnus comme un risque majeur dans le cadre professionnel.

Au-delà de cette obligation légale, il existe une responsabilité morale et économique. Les entreprises qui investissent dans la santé mentale de leurs équipes constatent une baisse du turnover, une réduction de l'absentéisme et des arrêts de travail, une amélioration de la productivité et de l'engagement, ainsi qu’un renforcement de leur attractivité auprès des talents.

 

Les actions concrètes pour promouvoir la santé mentale en entreprise

La prévention primaire : agir en amont

La prévention primaire consiste à agir sur les déterminants organisationnels avant l'apparition des troubles. Elle représente l'approche la plus efficace et la plus durable :

Au niveau organisationnel : Au niveau managérial :
  • Évaluer régulièrement les risques psychosociaux dans le DUERP
  • Structurer une organisation du travail soutenable et cohérente
  • Garantir l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle
  • Développer une culture de régulation et d'écoute
  • Former les managers à la reconnaissance des signaux faibles
  • Développer les compétences en management bienveillant
  • Promouvoir le dialogue professionnel et la reconnaissance au travail
  • Accorder aux managers des marges de manœuvre et les rapprocher de leurs collaborateurs

 

Les dispositifs de soutien et d'accompagnement

Les entreprises disposent de plusieurs leviers pour accompagner leurs salariés.

Les acteurs internes : Les acteurs externes :
  • Le Comité Social et Économique (CSE) et la Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT)
  • Les référents santé et sécurité
  • Les cellules d'écoute psychologique
  • Les Services de Prévention et de Santé au Travail (SPST) qui assurent la médecine du travail
  • Les psychologues et psychiatres partenaires
  • Les programmes d'assistance aux employés (PAE)

 

Selon Qualisocial, seulement 23% des salariés ont accès à un plan de prévention complet, alors que les études démontrent qu'un plan de prévention efficace permet d'atteindre 83% de salariés en bonne santé psychologique, contre 66% sans prévention adéquate.

 

Les défis à relever et les perspectives

Les populations particulièrement vulnérables

Certaines catégories de population sont plus exposées aux troubles de santé mentale. Les jeunes figurent parmi les plus touchés, avec 40% des 18-24 ans qui présentent des symptômes dépressifs, et près d'un jeune sur quatre ayant déjà eu des pensées suicidaires.

Les femmes sont également particulièrement touchées, puisque 23% d'entre elles se trouvent dans une situation critique de santé mentale, contre 15% chez les hommes.

Les populations précaires constituent un autre groupe à risque, la pauvreté et la précarité étant des facteurs reconnus de dégradation du bien-être psychologique.

Les aidants, qu'ils accompagnent des personnes âgées, malades ou en situation de handicap, sont confrontés à un besoin de répit physique et mental souvent négligé.

Enfin, les soignants paient un lourd tribut à leur engagement professionnel, avec 41% du personnel hospitalier qui présente des symptômes de dépression et d'anxiété, une situation exacerbée par les crises sanitaires successives.

Les obstacles à surmonter

Malgré la mobilisation nationale, plusieurs défis persistants freinent encore les progrès en matière de santé mentale.

La stigmatisation demeure un obstacle majeur, puisque 50% des personnes concernées par des troubles psychiatriques préfèrent se taire par crainte du jugement, ce qui freine considérablement l'accès aux soins et l'intégration sociale.

Le manque de conscience constitue également un frein important, certains salariés ne seraient pas conscients de la dégradation de leur propre santé, une situation qui retarde le diagnostic et l'accompagnement.

Les inégalités d'accès aux soins persistent, avec 39% des salariés qui n'ont pas accès à des mesures de prévention, tandis que l'offre de soins reste inégalement répartie sur le territoire français.

Enfin, le manque de reconnaissance au travail aggrave la situation : seuls 56% des salariés français estiment que leur travail est reconnu à sa juste valeur, un chiffre nettement inférieur à celui du Royaume-Uni (72%) et de l'Allemagne (75%), révélant un déficit français en matière de valorisation professionnelle.

Les opportunités pour les entreprises

La Grande Cause Nationale 2025 offre aux entreprises l'opportunité de transformer cet enjeu en avantage concret :

  • Améliorer le bien-être de vos salariés, la Qualité de Vie Et Des Conditions de Travail (QVCT) et réduire les coûts liés à l'absentéisme
  • Renforcer l'attractivité et fidéliser les talents dans un marché du travail compétitif
  • Devenir des acteurs du changement sociétal
  • Améliorer la performance globale par des collaborateurs plus engagés et productifs

 

FAQ

Que peut faire un employeur pour améliorer la santé mentale de ses salariés ?

Un employeur peut agir à plusieurs niveaux : évaluer les risques psychosociaux, former les managers à l'écoute et à la détection des signaux faibles, garantir une charge de travail raisonnable, favoriser l'équilibre vie pro/vie perso, promouvoir la reconnaissance au travail, mettre en place des dispositifs d'écoute et d'accompagnement, et créer une culture d'entreprise bienveillante où la santé mentale peut être abordée sans tabou.

Quels indicateurs suivre pour la santé mentale en entreprise ?

Taux d’absentéisme, turnover, baromètres d’engagement, signalements de RPS, participation aux dispositifs d’accompagnement.

Comment former les managers à la santé mentale ?

Par des modules dédiés sur la détection des signaux, le management bienveillant, la prévention du burn-out et la communication ouverte.

Quels dispositifs de soutien peuvent être proposés aux salariés ?

Cellules d’écoute, accès à des séances avec un psychologue, lignes d’assistance, séances de coaching, aménagement du temps de travail.

Quelle est la différence entre santé mentale et troubles psychiques ?

La santé mentale est un état de bien-être global qui concerne tout le monde. Elle englobe la capacité à faire face au stress, à réaliser son potentiel et à contribuer à la communauté. Les troubles psychiques, quant à eux, sont des pathologies diagnostiquées (dépression, anxiété, troubles bipolaires, etc.) qui nécessitent une prise en charge médicale. On peut avoir une bonne santé mentale tout en vivant avec un trouble psychique bien traité.

Où trouver de l'aide en cas de difficultés psychologiques ?

Plusieurs ressources sont disponibles : le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24), votre médecin traitant qui peut vous orienter, le médecin du travail, les psychologues et psychiatres, le dispositif « Mon soutien psy » (12 séances remboursées), les services de prévention et de santé au travail, et les associations spécialisées.

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Article écrit par
Margaux Vieillard-Baron

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