Le télétravail contre l’absentéisme

En 2017, plusieurs mesures en faveur du télétravail se sont glissées dans la réforme du Code du travail. Dans le brouhaha qui a accompagné les ordonnances, ces nouveautés sont passées presque totalement inaperçues. Elles assouplissaient pourtant nettement l’accès au télétravail, plutôt dans le sens d’une augmentation des droits du salarié. Bien qu’il ait un impact positif sur les questions concernant la qualité de vie au travail ou l’absentéisme, le télétravail n’est que rarement présenté comme une solution. À tort.

Le télétravail progresse

Selon une enquête Ifop réalisée en en 2018 et publiée en février 2019, 29% des salariés ont expérimenté le télétravail, pour une moyenne de 6 jours par mois. La tendance est à la hausse puisque 25% d’entre eux déclaraient avoir travaillé à distance en 2017. Ces chiffres prennent en compte le télétravail régulier et formalisé par un contrat de travail aussi bien que le télétravail informel et irrégulier. Cette dernière forme de télétravail, largement majoritaire, concernait de 16 à 20% des salariés avant les ordonnances de la Loi travail. C’est donc pour sécuriser juridiquement les employeurs que de nouvelles règles ont été définies. Désormais, le télétravail peut se mettre en place plus simplement par accord collectif, par une charte interne ou même par un simple accord entre le salarié et l’employeur, lors d’un échange de mail, par exemple.

Des conditions de travail qui s’améliorent

Chaque salarié peut solliciter la possibilité de travailler à distance. L’employeur est tenu de justifier par écrit un éventuel refus. À l’inverse, sauf exception, le télétravail ne peut être imposé au salarié. Depuis la réforme de 2017, le télétravail est clairement une facilité accordée au salarié pour mieux gérer son emploi du temps. Selon l’étude Ifop, plus des trois quarts des salariés ayant choisi le télétravail, affirment jouir d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ressentir moins de fatigue, être en meilleure santé et, même, se sentir plus autonomes et efficaces dans le travail.

Un moyen de réduire l’absentéisme ?

Une étude récente menée par BVA pour Workplace Options confirme les bienfaits du télétravail, dans sa pratique la plus flexible. Les salariés qui recourent au télétravail occasionnellement présenteraient un taux d’absentéisme de 1,2% soit trois fois moins que la moyenne des salariés qui se situe à 3,9%. Le télétravail pourrait même être un remède pour prévenir le risque de désinsertion professionnelle en cas d’arrêt maladie de longue durée. C’est dans ce but que le rapport Berard-Oustric-Seiller proposait d’instaurer, uniquement sur la base du volontariat, un télétravail pour raison thérapeutique en alternative à l’arrêt de travail. En revanche, d’autres études modèrent un peu cet optimisme, en insistant, plutôt, sur la difficulté que rencontrent les salariés pour séparer temps de travail et temps de repos et sur l’absence de plus-value notable en matière de bien-être ou de santé. Certes, le travail à distance n’est pas en soi une solution miracle. Cependant, c’est un outil supplémentaire offert au salarié pour mieux gérer son temps, et à l’employeur pour expérimenter de nouveaux modes de management. Et comme tous les outils, son efficacité dépend avant tout de la façon dont on l’utilise.

Damien Vieillard-Baron