Pouvoir d’achat et mutuelle : vrai gain ou fausse promesse pour les salariés ?

Rédigé par Matthias Lespinasse        Publié le 19/01/2026

Lorsqu’on aborde la question du pouvoir d’achat dans le cadre de la mutuelle d’entreprise obligatoire, un paradoxe apparaît rapidement : fait-elle vraiment gagner de l’argent au salarié, comme d’autres avantages sociaux, ou en coûte-t-elle finalement davantage qu’on ne le pense ?

 

La mutuelle d’entreprise

La mutuelle obligatoire : un dispositif qui pèse sur les budgets

Depuis 2016, la loi ANI impose à toute entreprise du secteur privé de mettre en pace une mutuelle collective pour ses salariés. Présentée comme un progrès social, cette obligation soulève pourtant une question légitime : améliore-t-elle véritablement le pouvoir d'achat des Français, ou représente-t-elle finalement une charge supplémentaire déguisée ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon la Mutualité Française, les cotisations de mutuelles ont augmenté en moyenne de 6 % en 2025, après une hausse de 7,3 % pour les contrats collectifs en 2024. Pour un salarié, cela représente entre 40 et 150 € par mois selon les garanties, soit 480 à 1 800 € par an directement prélevés sur le salaire.

Face à une inflation déjà forte et des augmentations de salaire limitées, cette charge pèse lourdement. Le Sénat français a d'ailleurs créé en 2024 une mission d'information dédiée à l'impact des complémentaires santé sur le pouvoir d'achat, signe que la question préoccupe jusqu'aux plus hautes instances.

 

Les gains réels pour le pouvoir d’achat

La participation patronale ou financement de l’employeur : un gain réel… mais partiel

Premier point incontestable : l’employeur finance au minimum 50% de la cotisation pour la part obligatoire. Donc, sur une cotisation à 100€ par mois, vous économisez immédiatement 50€, soit 600€ par an. Certaines entreprises généreuses vont même jusqu'à prendre en charge 60, 70, voire 100% des cotisations.

C’est une aide directe, inscrite sur la fiche de paie, et que les salariés applaudissent volontiers, qu’ils soient jeunes, célibataires ou parents d’une famille nombreuse.

Le tarif mutualisé et l’accès à une bonne couverture

Grâce à l'effet de groupe, une mutuelle collective coûte généralement moins cher qu'un contrat individuel à garanties équivalentes. Plus l'entreprise compte de salariés, plus le risque est mutualisé et les tarifs négociés à la baisse. Par ailleurs, le contrat collectif offre généralement :

  • des garanties mieux structurées
  • un accès optimisé à l’optique et au dentaire grâce aux réseaux de soins et au 100% Santé
  • une protection solide en hospitalisation
  • des services additionnels : téléconsultation, pack médecine douce, cures thermales, programmes de prévention.

Pour un salarié ayant des besoins réguliers en soins ou une famille avec enfants, ces économies sont particulièrement perceptibles.

  • de plus, les compléments peuvent générer de la valeur perçue souvent tangible, soit, impacter positivement la perception de l’entreprise ainsi que votre marque employeur et in fine, améliorer la santé mentale mais aussi la QVCT de vos salariés.
  • le vrai gain : celui qui se révèle… le jour du sinistre
  • et si la mutuelle n’était pas un avantage social comme les autres ?

Contrairement au ticket-restaurant ou à l'intéressement qui mettent de l'argent dans la poche des salariés, la mutuelle fonctionne différemment. C'est avant tout une assurance : vous payez une prime mensuelle et le gain ne se matérialise qu'en cas de besoin, quand le risque survient : hospitalisation, chirurgie, soins dentaires, imprévu de santé lourd ou coûteux…

C’est précisément au moment du besoin que la mutuelle crée du pouvoir d’achat : elle évite des dépenses que beaucoup ne pourraient pas assumer.

 

Le gain « surestimé » (revers de la médaille) :

La fiscalisation de la part employeur

Premier revers majeur, depuis 2013, la part financée par l’employeur est imposable au titre de l’IR (impôt sur le revenu). Ce qui diminue d’autant le gain perçu. Un salarié paye ainsi plus d’impôts en raison de la participation patronale à sa mutuelle obligatoire.

C’est-à-dire que la participation de votre employeur à votre mutuelle est considérée comme un avantage en nature imposable. Si votre employeur finance 50 € par mois, cette somme s'ajoute à votre revenu imposable. Donc, plus la participation patronale est généreuse, plus l’impôt augmente.

Les taxes élevées sur la complémentaire santé

Les cotisations intègrent en moyenne plus de 20 % de taxes et contributions diverses. Ces montants n’améliorent ni la prestation, ni le pouvoir d’achat du salarié. Ils constituent un surcoût structurel, par exemple :

Les hausses annuelles inévitables qui érodent le pouvoir d’achat

Les cotisations des mutuelles augmentent presque chaque année. Ces augmentations s'expliquent par :

  • le vieillissement de la population
  • l'inflation médicale (consultation généraliste à 30 € depuis décembre 2024)
  • les transferts de charges de la Sécurité sociale vers les complémentaires santé : la Sécurité sociale décide de moins rembourser les soins. Pour compenser cette baisse de remboursement, les complémentaires augmentent la part qu’elles prennent en charge.

L'élargissement du panier de soins remboursable (100 % Santé)

Résultat, votre cotisation augmente chaque année plus vite que votre salaire, grevant progressivement votre pouvoir d'achat.

Le sentiment de « payer pour les autres »

La mutualisation — principe fondateur — crée parfois une impression de déséquilibre, même si elle constitue le cœur du système. Un jeune salarié célibataire, en bonne santé, qui utilise peu sa mutuelle, perçoit peu de gain immédiat. À l’inverse, un salarié d’un foyer avec enfants percevra un bénéfice bien supérieur.

Cette mutualisation s’accompagne toutefois de trois biais principaux qui renchérissent les coûts :

  • l’aléa moral : modification du comportement de l’assuré qui, du fait de la souscription d’un contrat d’assurance, va a posteriori changer d’attitude et consommer plus que s’il était non couvert ;
  • l’antisélection sur les options : comportement de l’assuré qui choisit ou non de s’assurer en fonction de ses besoins ;
  • le biais inflationniste : la prise en charge par une mutuelle peut exercer une pression haussière sur les prix. D’où l’intérêt croissant des réseaux de soins, où les tarifs sont négociés et encadrés...

Pour les salariés qui nécessitent peu de soins, le rapport coût/bénéfice peut sembler défavorable à court terme, même si la protection reste essentielle pour les imprévus.

Conclusion

Le lien entre pouvoir d'achat et mutuelle n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Loin d'être un avantage immédiat en espèces sonnantes et trébuchantes, la mutuelle d'entreprise est avant tout une protection assurantielle collective qui coûte (cotisations, taxes, fiscalité), mais qui protège, parfois fortement à des moments difficiles de la vie. La mutuelle préserve et même améliore le pouvoir d'achat en absorbant des dépenses importantes qui, sans elle, grèveraient lourdement le budget des foyers concernés. C’est là que s’exprime toute la raison d’être du contrat collectif : sécuriser, protéger, amortir les coûts de la santé.

Le véritable enjeu pour le pouvoir d'achat de vos salariés réside dans l'optimisation : vérifier que vos garanties correspondent aux besoins réels de vos salariés et surtout comprendre les mécanismes fiscaux qui peuvent réduire le gain net de la participation patronale.

Un gain parfois invisible au quotidien … jusqu’au moment où il devient essentiel.

Vous voulez optimiser votre couverture santé et préserver votre pouvoir d'achat ?

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Article écrit par
Matthias Lespinasse

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