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Article mis à jour le 21 mai 2025
L'épargne salariale pourrait connaître une évolution majeure en 2026. Le Parlement examine actuellement la proposition de loi n°2625 visant à renforcer l'attractivité de l'épargne salariale et à instaurer un nouveau dispositif exceptionnel de déblocage anticipé du Plan d'Épargne Entreprise (PEE). Après son adoption en première lecture par le Sénat le 7 avril 2026, le texte poursuit son parcours législatif à l'Assemblée nationale sous procédure accélérée.
Au-delà d'un simple assouplissement temporaire, ce projet de loi pourrait durablement transformer la perception du PEE au sein des entreprises à plusieurs niveaux :
- attractivité des dispositifs de partage de la valeur
- gestion des encours d'épargne salariale
- communication auprès des salariés gouvernance des FCPE investis en titres de l'entreprise
- évolution des politiques de rémunération globale
Comment fonctionne aujourd'hui le PEE ?
Le permet aux salariés, ainsi qu'aux dirigeants dans certaines structures, de se constituer une épargne à moyen terme dans un cadre fiscal et social avantageux.
Le PEE peut être alimenté par :
- les versements volontaires des salariés
- l'intéressement
- la participation
- l'abondement de l'employeur
En principe, les sommes investies sont bloquées pendant 5 ans. Toutefois, le Code du travail prévoit plus d’une dizaine de cas légaux de déblocage anticipé du PEE (article R3324-22), parmi lesquels notamment :
- Mariage ou PACS
- Acquisition ou agrandissement de la résidence principale
- Rupture du contrat de travail
- Invalidité ou décès
- Surendettement
- Naissance ou adoption du troisième enfant
- Achat d’un véhicule électrique
- Violences conjugales…
Le déblocage de l’épargne salariale : un instrument conjoncturel récurrent
Le recours au déblocage exceptionnel de l’épargne salariale n’est pas une nouveauté. Depuis le début des années 2000, l’État y a régulièrement recours comme un nouvel outil de pilotage macroéconomique « à la française », mobilisé à chaque phase de tension sur le pouvoir d’achat ou de ralentissement de la croissance.
- 2004‑2005 (gouvernements Raffarin puis Villepin, présidence Chirac) : premières vagues de déblocage de la participation et de l'intéressement pour soutenir la demande, dans un contexte de croissance molle et de chômage élevé.
- 2013 (gouvernement Ayrault, présidence Hollande) : loi n°2013‑561 du 28 juin 2013, permettant du 1ᵉʳ juillet au 31 décembre de débloquer jusqu’à 20 000 € de participation/intéressement, pour relancer la consommation après la crise de la zone euro.
À chaque fois, la logique est la même : transformer une partie de l’épargne longue en pouvoir d’achat immédiat, via des fenêtres temporaires, en gardant l’exonération fiscale et sociale qui fait l’attrait de l’épargne salariale.
L’outil reste ciblé sur les salariés déjà détenteurs d’encours, ce qui en fait davantage un levier de synchronisation de la dépense qu’un véritable mécanisme de redistribution.
Un nouveau déblocage exceptionnel du PEE en préparation
Le cœur du projet de loi repose sur la création d'un nouveau cas exceptionnel et temporaire de déblocage anticipé.
L'objectif affiché par le législateur est double : soutenir le pouvoir d'achat et renforcer l'attractivité de l'épargne salariale.
Les points clés du futur dispositif
Un plafond fixé à 5 000€ nets. Le salarié pourrait débloquer jusqu'à 5 000 € nets de prélèvements sociaux, en une seule opération. Les sommes débloquées resteraient exonérées de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu, comme pour les cas légaux de déblocage anticipé. En revanche, les plus-values générées par les placements seraient soumises aux prélèvements sociaux au taux de 18,6% (taux en vigueur depuis janvier 2026, suite à la hausse de la CSG), mais resteraient exonérées d'impôt sur le revenu.
- Une mesure ouverte pendant un an. Le dispositif serait accessible pendant une durée d'un an à compter de la promulgation de la loi. Les entreprises devront anticiper un pic de demandes concentré sur une période courte.
- Des sommes éligibles ciblées.
Le mécanisme concernerait les sommes issues de la participation ou de l'intéressement, affectées à un plan d'épargne entreprise (PEE ou PEI) avant le 1er janvier 2026. Cette date butoir vise à éviter tout effet d'aubaine sur des versements réalisés en anticipation de la loi. Les sommes placées sur un plan d'épargne retraite (PER Collectif) restent quant à elles explicitement exclues du dispositif.
⚠️ Note : la mention du compte courant bloqué figurant dans certaines versions du texte devra être confirmée dans la rédaction définitive et les textes d'application. - Utilisation élargie. Le Sénat a retenu une rédaction large permettant de financer l'achat de biens ou des prestations de services, sans obligation de conservation de justificatifs.
- Sans condition de ressources. Tous les détenteurs d'un PEE seraient potentiellement concernés, quel que soit leur niveau de revenu.
| Point d'attention
L'exclusion des abondements employeur est mentionnée dans le texte pour préserver la logique d'épargne longue. Toutefois, ce point devra être confirmé dans la rédaction définitive et dans les textes d'application. Les modalités techniques de distinction des avoirs pourraient soulever des questions pour les teneurs de comptes. |
Ce ciblage marque une évolution par rapport aux dispositifs précédents, avec une volonté affichée de concentrer l’effort sur les ménages les plus exposés à la baisse du pouvoir d’achat et ainsi, donner la possibilité de sécuriser l’avenir financier des salariés.
Ce qui resterait exclu du dispositif
Le projet de loi prévoit plusieurs exclusions importantes qui méritent une attention particulière :
- Le PER Collectif (PERCOL) resterait exclu
Les sommes investies sur un PER Collectif ne pourraient pas être débloquées dans le cadre de cette mesure. Le législateur préserve délibérément la logique retraite du PERCOL et l'épargne longue. - Les fonds solidaires seraient exclus.
Les parts investies dans des fonds solidaires resteraient indisponibles afin d'éviter une fragilisation du financement des entreprises solidaires. - Traitement spécifique pour les titres de l'entreprise
Lorsque le PEE détient des actions de l'entreprise, un accord collectif ou une décision unilatérale de l'employeur pourrait être nécessaire avant tout déblocage.
| Vigilance pour l’actionnariat salarié
Cette disposition vise à protéger la stabilité du capital et la liquidité des FCPE investis en titres maison. Les entreprises concernées devront anticiper : les impacts financiers, les flux de liquidité et les éventuelles consultations sociales. |
Vers un outil de pilotage macroéconomique ?
La répétition des dispositifs (années 2000, 2013, 2022, et le projet annoncé pour 2026) montre que le déblocage exceptionnel devient un réflexe de politique économique : dès que le pouvoir d’achat est sous pression, on ouvre une « soupape » sur l’épargne salariale.
Pour les pouvoirs publics, l’intérêt est triple :
- Mobilisation rapide d’un budget alloué à la consommation
- Absence d’augmentation immédiate du déficit (il s’agit d’épargne privée déjà constituée)
- Ciblage sur des ménages insérés dans l’emploi
Utilisée ainsi, l’épargne salariale fonctionne comme un stabilisateur conjoncturel : en période de tension, l’État autorise un « rattrapage » de consommation.
Dans un pays où l’épargne est structurellement élevée, ce type d’outil est politiquement attractif, il donne l’impression d’une mesure forte de pouvoir d’achat sans toucher frontalement aux salaires, aux minima sociaux ou aux impôts.
Deux nouveaux cas de déblocage anticipé pérennes
Au-delà du dispositif exceptionnel, le projet de loi prévoit également des évolutions structurelles durables du PEE.
Déblocage dès le premier enfant
Aujourd'hui, la naissance ou l'adoption n'ouvre droit au déblocage anticipé qu'à partir du troisième enfant. Le texte adopté par le Sénat prévoit d'abaisser ce seuil dès le premier enfant.
Cette évolution répond à plusieurs objectifs :
- adapter le droit aux nouvelles réalités familiales et démographiques
- moderniser des cas de déblocage devenus historiques
- renforcer l'attractivité du PEE auprès des jeunes actifs en début de carrière
Cette mesure ne s'appliquerait qu'aux événements postérieurs à la promulgation de la loi.
Création d'un cas lié à un enfant gravement atteint
Le projet de loi crée également un nouveau motif de déblocage lorsque l'enfant à charge est :
- atteint d'une affection grave
- en situation de handicap
- victime d'un accident d'une particulière gravité
Cette mesure vise à répondre à des situations de forte vulnérabilité financière des familles concernées, jusqu'ici non couvertes par les cas existants.
De nouvelles obligations pour les employeurs
Les entreprises devront informer les salariés de l'existence du dispositif, de ses modalités et des conditions de déblocage applicables. Cette communication devrait intervenir dans un délai de deux mois suivant la promulgation de la loi.
En pratique, cela impliquera probablement :
- des campagnes de communication RH dédiées
- une coordination étroite avec les teneurs de comptes épargne salariale
- une mise à jour des notices et supports d'information
- la création de FAQ internes et la mise à jour des portails salariés
- des adaptations des outils SIRH
Un risque de décollecte à surveiller
Cette mesure s'inscrit dans une longue tradition, depuis le début des années 2000, quatre déblocages exceptionnels de l'épargne salariale ont déjà été organisés en France, à chaque fois dans un contexte de tension sur le pouvoir d'achat. Aujourd’hui ne fait pas exception vu le contexte économique marqué par une inflation persistante et une hausse soutenue des prix des hydrocarbures, cette mesure s’avère intéressante. L'expérience montre cependant que leur effet sur la consommation est souvent limité, une part significative des sommes débloquées a été redirigée vers d'autres produits d'épargne ou conservée sous forme de liquidités, plutôt que consommée.
Pour les entreprises et les gestionnaires, plusieurs points de vigilance demeurent :
- Diminution potentielle de l'épargne longue des salariés français au profit d’une consommation immédiate
- Arbitrages des salariés défavorables à la préparation de la retraite, notamment pour les profils les plus jeunes
- Impacts potentiels sur l'actionnariat salarié pour les grandes entreprises
- Effet limité sur la consommation réelle, comme le montrent les précédentes opérations similaires
Certaines entreprises pourraient ainsi être amenées à repenser leur politique d'abondement, leurs mécanismes d'incitation et leur stratégie globale de rémunération différée.
Calendrier législatif : où en est le texte ?
À ce stade, le projet de loi n'est pas encore définitivement adopté. Son contenu final peut encore évoluer. Voici les principales étapes connues :
| Étape | Événement |
| 29 janvier 2026 | Dépôt de la proposition de loi au Sénat |
| 1er avril 2026 | Publication du rapport de la commission des affaires sociales |
| 7 avril 2026 | Adoption en première lecture au Sénat |
| Avril 2026 | Transmission à l'Assemblée nationale |
| En cours | Examen parlementaire – procédure accélérée engagée |
| À venir | Promulgation de la loi |
Ce qu'il faut retenirLe futur déblocage exceptionnel du PEE marque une nouvelle étape dans l'évolution de l'épargne salariale en France. Au-delà du soutien ponctuel au pouvoir d'achat, cette réforme traduit une tendance de fond : rendre les dispositifs plus flexibles et mieux adaptés aux réalités économiques et familiales. Pour les DRH, DAF et responsables C&B, plusieurs sujets doivent d'ores et déjà être anticipés :
Dans un contexte où le partage de la valeur devient un levier majeur d'attractivité et de fidélisation, cette réforme pourrait durablement modifier la place du PEE dans les politiques RH et financières des entreprises. |
FAQ - Déblocage de l’épargne salariale 2026
Qu’est-ce que le déblocage de l’épargne salariale ?
Il s’agit d’une mesure exceptionnelle permettant aux salariés de retirer, avant l’échéance normale, une partie de leur épargne salariale (PEE, participation, intéressement).
Qui pourra bénéficier du déblocage en 2026 ?
Le dispositif 2026 ciblerait prioritairement les salariés sous conditions de revenus, avec un plafond de 2 000 euros.
Le déblocage de l’épargne salariale est-il imposable ?
Les sommes débloquées seraient exonérées d’impôt sur le revenu, mais soumises aux prélèvements sociaux applicables.
Quels sont les délais pour recevoir les fonds ?
Après validation de la demande auprès de l’organisme gestionnaire, les fonds sont généralement versés sous quelques jours à quelques semaines.
Faut-il débloquer ou conserver son épargne salariale ?
Cela dépend de la situation personnelle : niveau d’encours, besoins de liquidité, horizon de placement et tolérance au risque.
Article écrit par
Amadou Kasse

Clément Poulain

Damien Vieillard-Baron

Amadou Kasse


Margaux Vieillard-Baron
