Épargne salariale et retraite en 2026 : ce qui change, ce qui s’impose

Rédigé par Amadou Kasse        Publié le 31/03/2026

À l'occasion de la Semaine de l'épargne salariale 2026, un constat s'impose, le marché de l'épargne et de la retraite connaît une mutation sans précédent. Pris en étau entre une pression démographique qui fragilise les régimes par répartition et une volonté forte de donner du sens à leurs placements, les Français cherchent des solutions concrètes.

Leur objectif ? Anticiper sereinement la baisse inéluctable de leurs revenus à la retraite, tout en participant activement à la transition écologique.

Dans ce contexte mouvant, l'épargne salariale et la retraite supplémentaire s'imposent non plus comme de simples compléments, mais comme les piliers d'une stratégie patrimoniale et responsable incontournable.

 

Un vieillissement démographique qui fragilise les retraites

L'inquiétude des Français vis-à-vis de leur retraite n'a jamais été aussi palpable. Aujourd'hui, 58 % d'entre eux se disent inquiets pour leur avenir, un chiffre en hausse de 8 points par an. Cette anxiété est structurelle. Le vieillissement de la population pose la question de la viabilité financière de notre pacte intergénérationnel.

L'environnement législatif de ce début d'année 2026 n'apporte pas de visibilité supplémentaire aux assurés. La récente Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS 2026), adoptée fin 2025, a notamment suspendu la réforme Borne jusqu'en janvier 2028 et acté une hausse de la CSG/CRDS sur les revenus du capital. Face à l'incertitude et aux possibles gels de pensions, la constitution d'une épargne privée devient une urgence absolue.

L’épargne salariale et le PER : les nouveaux boucliers patrimoniaux

Face à ces bouleversements, les salariés reprennent le contrôle. Portée par la Loi PACTE, la dynamique de l'épargne collective bat tous les records en 2025 :

229,4 Md€

+14,7 % sur un an
d'encours totaux en épargne salariale

13,3 M

salariés bénéficiaires
record historique — 430 000 entreprises

150 Md€

contre zéro il y a 5 ans
d'encours PER au 3ᵉ trimestre 2025

Ces chiffres illustrent une transformation réelle des comportements. Pour les entreprises, c'est un levier d'attractivité et de fidélisation massif. D’autant que les frais de transferts entre PER sont désormais plafonnés à 0% de frais après 5 ans de détention. Si vous vous demandez comment tirer le meilleur parti de ces dispositifs, notre guide pour booster votre épargne salariale détaille les cinq questions clés à se poser en 2026.

 

Chiffres clés à fin 2025

442 000 entreprises équipées (+26 000/an)

Chiffres clés à fin 2025 des dispositifs de l'épargne : abondement +4,7 Mds€, participation +6,3 Mds€, versements volontaires +4,9 Mds€, intéressement +7,3 Mds€. Pour 13,2M de comptes salariés, soit 77% des salariés équipées avec un montant moyen détenu de 17 100€
Source : Gerep

Progression fulgurante de l’Epargne Retraite (PER) depuis le Covid

Encours des PER à décembre 2025 (en M€)

Encours des PER à décembre 2025
Source : Gerep

 

Loi industrie verte : les actifs non cotés entrent dans vos PER

Adoptée fin 2023, la loi Industrie Verte transforme en profondeur la structure des PER. L'objectif est double, orienter l'épargne longue vers le financement de l'économie réelle, ainsi qu’accélérer la réindustrialisation et la décarbonation de la France..

Pourquoi les actifs non cotés dans votre PER ?

De nombreuses études démontrent l'intérêt d'intégrer des actifs non cotés dans une allocation long terme :

82%

des simulations montrent qu'une allocation PE de 15–25% génère une performance plus élevée, une volatilité réduite et un Sharpe supérieur dans 100% des cas (1000 scénarios).

Source : INSTITUTE FOR PRIVATE CAPITAL

+13 +17%

20% de PE dans un portefeuille retraite avec désensibilisation progressive améliore la performance globale de 13 à 17%.

Source : UNIVERSITÉ GEORGETOWN

+8,7%

7% de PE seulement améliore les revenus d'un portefeuille retraite de 8,7%, confirmant l'impact d'une exposition modérée.

Source : PANTHEON

Les 5 grandes catégories d'actifs non cotés

Ces actifs financent directement des projets tangibles dans l'économie réelle :

1 Private Equity — Capital-investissement dans des entreprises non cotées via venture capital, growth equity ou LBO.
2 Dette Privée — Financement d'entreprises par des prêts non cotés : dette mezzanine, dette senior ou financements directs.
3 Immobilier Non Coté — Investissements dans des biens immobiliers via des fonds privés ou des structures de type club deals.
4 Infrastructure — Projets d'énergie renouvelable, transport, télécommunications via des fonds spécialisés.
5 Actifs Alternatifs — Hedge funds, forêts, art, capital naturel, matières premières, vin et autres actifs réels diversifiants.

 

En contrepartie d'une liquidité réduite (horizon de placement de 10 ans minimum recommandé), ces actifs offrent des perspectives de rendement supérieures, particulièrement adaptées à la nature longue de l'épargne retraite.

⚠️ Échéance critique : 30 juin 2026
Tous les PER Obligatoires (PEROB) et PER Collectifs (PERCOL) existants doivent impérativement intégrer les nouvelles grilles d'investissement incluant le non coté avant le 30 juin 2026. Ne laissez pas votre entreprise hors conformité.

Nouvelle grilles d’allocation de la gestion pilotée

La réglementation impose des seuils minimaux selon le profil et l'horizon de départ à la retraite :

Profil Actif +20 ans +15 ans +10 ans 10 ans→ +5 ans 5 ans→ 2 ans→
Prudent Faible risque 30% 60% 80% 90%
Non coté 6% 4% 2%
Equilibré Faible risque 20% 50% 70%
Non coté 8% 6% 5% 3%
Dynamique Faible risque 30% 50%
Non coté 12% 10% 7% 5%
Offensif Faible risque 30% 50%
Non coté 15% 12% 9% 6%
A noter
Cette mobilisation de l'épargne vers l'économie réelle s'inscrit dans une dynamique européenne portée par l'Union de l'épargne et des investissements (UEI). Les profils offensifs peuvent atteindre jusqu'à 15% de non coté pour les horizons les plus longs.

Équité, tables de mortalité et transferts :  les avancées de la Loi Industrie Verte

La fin des tables genrées : vers une égalité réelle des rentes

L'une des avancées les plus significatives de la Loi Industrie Verte concerne la fin de l'exception des tables de mortalité par sexe sur les contrats article 83 et PERO. Les femmes recevaient une rente plus faible à capital équivalent, une inégalité structurelle désormais corrigée.

Pour le calcul de la rente, les assureurs ont le choix entre trois options :

Table féminine

Arrérages plus bas, revalorisation plus importante. Option favorable à la longévité mais pénalisante sur le montant initial de rente.

Table unifiée (NOUVEAU)

Arrêté du 18 novembre 2024. Moyenne pondérée : 0,4× féminine +0,6× masculine. Solution d'équité par défaut recommandée.

Table d'expérience

Table propre à chaque portefeuille. Adaptation fine à la réalité démographique de l'entreprise.

 

Point d'attention
En cas de transfert d'anciens contrats en points ou en pied de rente, un devoir de conseil renforcé s'applique. Les implications actuarielles doivent être explicitées aux bénéficiaires.

Transferts facilités : portabilité maximale pour vos salariés

La Loi Industrie Verte instaure un cadre très favorable à la portabilité des droits vers les nouveaux PER d'entreprise :

1 %

Plafond des frais de transfert depuis les anciens dispositifs (Article 83, PERCO…) vers les PER (PERECO, PERO…)

0 %

Frais de transfert pour les contrats de plus de 5 ans si PERO et 10 ans de détention pour les anciens dispositifs. Une opportunité majeure à saisir dès maintenant

Les transferts vers un PER moderne permettent d'optimiser les frais et de bénéficier des nouvelles grilles de gestion pilotée intégrant le non coté.

 

Mesures législatives 2026 :  ce qui change concrètement pour votre PER

Au-delà de la Loi Industrie Verte, deux textes majeurs adoptés en 2026 modifient la fiscalité des PER.

Hausse de la CSG sur les produits d'épargne financière

La LFSS 2026 acte une hausse de la CSG de 9,2 % à 10,6 % sur les produits d'épargne financière (art. 12). Cette hausse impacte différemment selon le mode de liquidation :

  • Liquidation en capital

Versements cumulés (compartiments 1 & 2) : non soumis aux PS → impact nul.

Plus-values et produits : soumis au PFU dont le taux passe de 30 % à 31,4 % (12,8 % impôt + 18,6 % PS).

PER assurance ET compte-titres concernés.

  • Liquidation en rente

→ Compartiment 3 (versements obligatoires) : CSG revenus de remplacement 10,1 % — non concernée par la hausse.

Compartiments 1 & 2 : PS 18,6 % sur fraction imposable selon l'âge du crédirentier.

Fractions : 70 % (< 50 ans) · 50 % (50-59 ans) · 40 % (60-69 ans) · 30 % (> 69 ans).

Bon à savoir

Les PER sous forme de contrat d'assurance et de compte-titres sont concernés. L'assurance-vie bénéficie en revanche d'une dérogation partielle.

Loi de Finances 2026, deux mesures structurantes pour les PER

Après la décision du Conseil constitutionnel du 19 février 2026, la Loi de Finances 2026 introduit deux dispositions applicables aux PER :

  • ARTICLE 9

Fin de la déductibilité des versements volontaires à partir de 70 ans

Les versements volontaires ne seront plus déductibles fiscalement à compter du 70ème anniversaire du titulaire. À planifier dès maintenant pour optimiser l'avantage fiscal avant cet âge pivot.

  • ARTICLE 10

Extension du plafond de déduction de 3 à 5 ans

La durée d'utilisation du plafond non consommé passe de 3 à 5 ans, permettant des versements catch-up significatifs pour les souscripteurs tardifs ou ayant traversé des périodes de revenus réduits.

💡 Opportunité de planification patrimoniale
L'extension à 5 ans du report de plafond est particulièrement favorable aux souscripteurs tardifs et aux personnes ayant traversé des périodes de revenus réduits. Elle autorise des versements catch-up significatifs. À combiner impérativement avec la stratégie de versements avant 70 ans.

L'Expertise Gerep à vos côtés

Nos experts sont à vos côtés pour vous accompagner dans l’optimisation de vos dispositifs.

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Article écrit par
Amadou Kasse

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