Obligations employeur fortes chaleurs : qu’en est-il ?

Rédigé par Margaux VB        Publié le 10/07/2026

Un salarié qui s'évanouit sur un chantier à 14h. Un entrepôt logistique où les colis eux-mêmes commencent à souffrir de la chaleur. Un open space où plus personne n'arrive à se concentrer passé 15h. Ces scènes, la plupart des DRH et dirigeants les ont vécues au moins une fois ces dernières années. Ce qui a changé, en revanche, c'est que la loi ne se contente plus de recommander, elle impose.

Depuis le 1er juillet 2025, la protection des salariés contre les fortes chaleurs n'est plus une pratique de bon sens estival. C'est une obligation légale à part entière, inscrite dans le Code du travail, avec des mesures précises, des seuils d'alerte officiels et des sanctions en cas de manquement. Un cap a été franchi et il concerne toutes les entreprises, pas uniquement le BTP ou l'agriculture.

Faisons le point, sur ce que la loi attend concrètement de vous.

 

Un nouveau cadre légal, pensé pour durer

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, complété par un arrêté du même jour, a introduit pour la première fois dans le Code du travail un chapitre entièrement dédié à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense (articles R. 4463-1 à R. 4463-8). Jusque-là, les employeurs devaient se référer à une obligation générale de sécurité, largement soutenue par des recommandations INRS non contraignantes. Ce temps est révolu.

Ce texte pose, pour la première fois, une obligation formelle de prévention des effets des fortes chaleurs, applicable depuis le 1er juillet 2025 à l'ensemble des employeurs, publics comme privés. Concrètement, il renforce des obligations qui existaient déjà de façon assez vague, comme la mise à disposition d'eau potable et fraîche en quantité suffisante, quel que soit le lieu de travail, et impose désormais que les locaux fermés soient maintenus à une température adaptée en toute saison, et non plus seulement « chauffés l'hiver ».

 

Comment la loi définit-elle un « épisode de chaleur intense » ?

Le texte s'appuie sur le dispositif de vigilance canicule de Météo-France, avec trois niveaux d'alerte :

  • 🟡 Vigilance jaune : pic de chaleur, exposition sur 1 à 2 jours présentant un risque pour la santé compte tenu des conditions de travail ou de l'activité physique
  • 🟠 Vigilance orange : période de canicule, chaleur intense et durable
  • 🔴 Vigilance rouge : canicule extrême, par sa durée, son intensité et son ampleur géographique

Chaque niveau déclenche une gradation dans les mesures à appliquer. Autrement dit, plus il fait chaud, plus votre obligation d'action est stricte et immédiate.

 

Ce que la loi attend concrètement de votre entreprise

Intégrer le risque chaleur dans votre document unique

C'est le point de départ et il est non négociable. La chaleur est un risque professionnel à part entière, qui doit être intégré au DUERP (Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels) et pour les entreprises de plus de 50 salariés, retranscrit dans le PAPRIPACT (programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail). Si vous disposez d'un CSE, il doit être associé à cette démarche.

Un DUERP qui ne traite pas le risque chaleur n'est plus un DUERP à jour. C'est le premier point que vérifiera l'inspection du travail en cas de contrôle.

Définir des mesures de prévention graduées

Le décret liste un socle de mesures que l'employeur doit être en capacité de mobiliser, entre autres :

  • des procédés de travail limitant l'exposition à la chaleur
  • l'adaptation des lieux et postes de travail (ombrage, isolation, ventilation)
  • l'aménagement de l'organisation du travail, notamment des horaires, pour limiter la durée et l'intensité de l'exposition et prévoir des temps de repos
  • une eau potable fraîche disponible en quantité suffisante, à défaut de point d'eau courante, un minimum de 3 litres par jour et par salarié
  • des équipements de travail et de protection individuelle adaptés aux fortes températures
  • l'information et la formation des équipes sur la conduite à tenir en cas de forte chaleur

Dès la vigilance jaune, vous devez déjà adapter l'organisation du travail. En vigilance orange ou rouge, l'exigence monte encore d'un cran, une réévaluation quotidienne des risques est requise, en tenant compte de la température, de son évolution dans la journée et de la nature des tâches à accomplir.

Organiser les secours et le suivi des salariés isolés

Le texte impose la mise en place de procédures claires de signalement en cas de malaise lié à la chaleur, avec une vigilance renforcée pour les travailleurs isolés ou éloignés, pour lesquels un dispositif de signalement ou de suivi spécifique doit exister. Ces procédures doivent être communiquées aux salariés et au service de santé au travail.

Porter une attention particulière aux publics vulnérables

Femmes enceintes, salariés âgés, personnes atteintes de pathologies chroniques ou en situation de handicap, la loi demande des mesures de prévention spécifiques pour ces publics, en lien avec la médecine du travail.

C'est un point que les DRH ont tout intérêt à documenter, au-delà de la seule obligation réglementaire, c'est aussi un marqueur fort d'attention portée à ses équipes.

 

Que risque-t-on en cas de non-conformité ?

L'inspection du travail dispose désormais d'un levier direct. Si l'employeur n'a pas défini de mesures ou d'actions de prévention contre le risque chaleur, elle peut le mettre en demeure de s'exécuter dans un délai de 8 jours. Passé ce délai, elle peut dresser un procès-verbal en l'absence de réaction.

Au-delà du risque juridique, c'est bien sûr la responsabilité de l'employeur qui peut être engagée en cas d'accident du travail lié à la chaleur, avec, potentiellement, une qualification en faute inexcusable si les mesures de prévention n'ont manifestement pas été prises. Un point à ne jamais perdre de vue, y compris pour les métiers de bureau, souvent perçus comme « à l'abri » de ce risque.

 

Au-delà de l'obligation : ce que la chaleur coûte à l'entreprise

On aborde souvent ce sujet sous l'angle de la seule conformité réglementaire. Or, les fortes chaleurs ont un impact direct, mesurable, sur la performance de l'entreprise, bien avant que l'inspection du travail ne frappe à la porte.

Les chiffres qui circulent aujourd'hui parmi les directions donnent le tempo. Plusieurs études évoquent une baisse de productivité de l'ordre de 2 à 3% par degré au-dessus de 20°C et selon l'Organisation internationale du travail, les capacités de travail pourraient chuter de près de 50% lorsque les températures atteignent 33 à 34 degrés. À cela s'ajoutent des effets moins visibles mais tout aussi coûteux comme l’absentéisme, les accidents du travail, la désorganisation des équipes, les retards de projets… des coûts que la plupart des entreprises peinent encore à isoler clairement dans leurs tableaux de bord RH.

Certaines entreprises ont d'ores et déjà transformé la contrainte en adaptant leurs horaires de travail et en réduisant l'exposition aux heures les plus chaudes, plusieurs ont observé une baisse sensible de l'absentéisme, couplée à des économies. C'est tout l'enjeu, une politique de prévention chaleur bien construite, c'est un investissement qui se lit à la fois dans le bilan social et dans le bilan financier.

Et il y a un troisième bénéfice, plus discret, la marque employeur. Dans un marché du travail où les candidats scrutent de plus en plus les conditions de travail réelles, une entreprise capable de démontrer qu'elle protège concrètement ses équipes, pas seulement sur le papier, envoie un signal fort. C'est un sujet QVCT à part entière, au même titre que la charge mentale ou l'équilibre vie pro/vie perso.

 

Comment transformer cette obligation en démarche de prévention durable

La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas à réinventer une politique de prévention chaque année. Une fois le DUERP mis à jour et les mesures définies, l'enjeu devient un enjeu de pilotage dans la durée : anticiper avant l'été, sensibiliser vos équipes et vous assurer que les bons réflexes sont partagés à tous les niveaux de l'organisation du service RH aux managers de terrain.

C'est précisément l'esprit dans lequel nous accompagnons nos clients chez Gerep, la performance sociale ne se limite pas à la couverture santé et prévoyance, elle se construit aussi à travers des actions de prévention concrètes, qui protègent vos salariés et sécurisent votre organisation.

Aller plus loin

Notre calendrier de prévention

Pensé pour vous permettre d'anticiper les grandes échéances de prévention santé et sécurité tout au long de l'année.

Un accompagnement sur mesure pour votre entreprise

Chaque organisation a ses propres contraintes, métiers exposés en extérieur, sites industriels, open spaces, effectifs itinérants… La bonne approche de prévention chaleur n'est jamais un copier-coller de mesures génériques. Elle se construit à partir de votre réalité de terrain, de votre pyramide des âges, de vos indicateurs d'absentéisme et de votre stratégie RH globale.

Nos équipes accompagnent au quotidien des DRH et dirigeants sur ces questions de protection sur-mesure. L’articulation de votre politique de prévoyance et de santé collective, et plus largement, la construction d'une politique de performance sociale cohérente, qui protège vos salariés tout en servant vos objectifs d'entreprise.

 

Vous souhaitez faire le point sur vos obligations et vos actions de prévention chaleur ?

Nos équipes sont à votre disposition.

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Article écrit par
Margaux Vieillard-Baron

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