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Ticket modérateur, taxes sur les mutuelles, transfert de charges… ce que les nouvelles économies annoncées par le gouvernement vont concrètement changer pour les salariés et pour les entreprises
Le 18 juin dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist aurait reçu séparément France Assureurs, la Fédération paritaire des institutions de protection sociale (FIPS) et la Mutualité française. Au cœur de ces échanges, selon plusieurs sources dans la presse spécialisée, de nouveaux transferts de charges de la Sécurité sociale vers les complémentaires santé.
Derrière cette annonce technique se cache un sujet très concret : combien va coûter notre mutuelle l’an prochain, et qui du salarié, de l’entreprise ou de l’assurance maladie va in fine absorber le choc ? Un sujet que nous suivons, notamment dans notre article sur l’inflation santé et la capacité de négociation des courtiers face aux hausses de cotisations. Cette nouvelle annonce vient en rajouter une couche et mérite qu’on prenne le temps de l’expliquer, aux salariés qui vont la subir, et aux DRH qui vont devoir l’anticiper.
Ce que le gouvernement prépare, concrètement
Le contexte budgétaire est connu, le déficit de la Sécurité sociale pour 2026 dérape, sous l’effet notamment de la hausse des prix de l’énergie liée au conflit en Iran. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la recherche de 6 milliards d’euros d’économies supplémentaires, dont 2 milliards directement pris sur la Sécurité sociale. Pour trouver cet argent rapidement, l’exécutif explore une piste bien connue des acteurs du secteur, le ticket modérateur.
Le ticket modérateur, c’est la part des soins qui reste à votre charge après remboursement de l’Assurance maladie et qui est, dans l’immense majorité des contrats responsables, prise en charge par votre complémentaire santé. Selon les informations rapportées par la presse professionnelle de l’assurance, le gouvernement testerait une hausse de ce ticket modérateur sur deux postes : les transports sanitaires et le médicament, voire les deux simultanément. D’autres sources évoquent également un relèvement plus large, touchant les actes médicaux en général.
Mécaniquement, si la Sécurité sociale rembourse moins, deux choses se produisent. Soit le reste à charge du patient augmente, soit la mutuelle absorbe la différence et répercute, tôt ou tard, ce coût supplémentaire dans ses cotisations. À cela s’ajoute le maintien de la taxe de 1 milliard d’euros sur les cotisations santé des organismes complémentaires pour 2027, adoptée initialement pour 2026 seulement. Si l’on additionne la hausse du ticket modérateur (estimée entre 1,2 et 1,5 milliard d’euros en année pleine, sans chiffrage officiel à ce stade) et cette taxe reconduite, c’est bien plus de 2 milliards d’euros de charges supplémentaires qui pourraient être transférées vers les assureurs santé, donc, vers les entreprises et les salariés.
Interrogé par la presse, le cabinet de la ministre de la Santé a indiqué qu’à ce stade, rien n’est arrêté et qu’aucun chiffre ne peut être confirmé. Mais le calendrier presse, certains proches du dossier évoquent une entrée en vigueur dès la rentrée 2026, plutôt qu’au 1er janvier 2027.
Un débat qui ne date pas d’hier
Ce qui se joue actuellement n’est pas un événement isolé, mais l’accélération d’une tendance de fond. La Sécurité sociale rembourse aujourd’hui en moyenne 70% du tarif de base des actes médicaux, contre 75% il y a dix ans. Ce glissement progressif, combiné à la revalorisation régulière des actes et à la hausse continue des coûts en optique, dentaire et audition, a déjà produit des augmentations de cotisations marquées sur le marché de la santé collective : +7,60% en moyenne au 1er janvier 2025, suivies de +5,10% au 1er janvier 2026.
La nouveauté, avec les arbitrages évoqués par Stéphanie Rist, c’est que le transfert de charges ne résulte plus seulement d’une évolution structurelle lente, mais d’une décision budgétaire rapide, prise dans l’urgence pour combler un trou de financement conjoncturel. Le risque, souligné par plusieurs acteurs du secteur, est que cette urgence se traduise par une hausse également rapide, et peu anticipée, des cotisations des contrats collectifs et individuels.
Alain Gautron, vice-président FO de la FIPS, ne mâche pas ses mots : il qualifie le projet du gouvernement de décision de court terme, sans vision, qui aura forcément des répercussions sur les tarifs des complémentaires santé. Il reproche à l’exécutif d’avoir écarté les propositions alternatives de maîtrise des dépenses portées par les partenaires sociaux, notamment sur les indemnités journalières, au profit d’une mesure qui pèse directement sur le pouvoir d’achat des assurés et alourdit les charges des entreprises.
Le débat : solidarité nationale ou fuite en avant ?
Ce dossier réveille une autre question, qui dépasse largement la technique assurantielle, jusqu’où peut-on transférer le financement de la santé de la solidarité nationale vers des systèmes assurantiels privés ou paritaires, sans remettre en cause le principe d’égalité d’accès aux soins ?
Les arguments en faveur de cette logique de transfert
- Une nécessité budgétaire immédiate : face à un déficit qui se creuse, le gouvernement doit trouver des marges rapidement et le ticket modérateur est un levier technique connu et maîtrisé.
- Une répartition de l’effort : pour ses défenseurs, faire contribuer davantage les complémentaires peut se justifier dans une logique de partage de l’effort national.
- Une mesure technique plutôt qu’un déremboursement sec : contrairement à une suppression pure de prise en charge, le report vers les Ocam maintient, en théorie, une couverture quasi intégrale pour les assurés couverts par une bonne mutuelle.
Les arguments qui alertent sur les effets de cette décision
- Un effet domino sur les cotisations : ce que la Sécurité sociale ne paie plus, les mutuelles le paient à sa place, puis le répercutent sur les cotisations des entreprises et des salariés, via les renouvellements annuels de contrats.
- Un risque pour les salariés les moins couverts : les contrats d’entrée de gamme, moins généreux sur le ticket modérateur, laisseraient davantage de reste à charge aux assurés les moins protégés, souvent ceux qui ont déjà le moins de marge budgétaire.
- Une méthode contestée : plusieurs partenaires sociaux dénoncent une décision prise dans l’urgence, sans concertation préalable approfondie, alors que des pistes alternatives de maîtrise des dépenses étaient sur la table.
- Un cumul de mesures qui s’additionnent : hausse du ticket modérateur, maintien de la taxe sur les cotisations Ocam, inflation médicale structurelle, le risque est que ces facteurs se cumulent plutôt que de se substituer les uns aux autres.
Ce débat n’a pas de réponse unique et il continuera à se jouer dans les prochaines semaines, au gré des arbitrages budgétaires et des négociations entre l’État et les fédérations professionnelles. Ce qui est en revanche certain, c’est que ses conséquences concrètes, sur le pouvoir d’achat des salariés comme sur les budgets des entreprises, sont, elles, dès aujourd’hui anticipables.
Pour les salariés : quel impact réel sur leur reste à charge ?
Concrètement, pour un assuré bénéficiant d’un contrat collectif d’entreprise correctement négocié, l’impact direct devrait rester limité à court terme, c’est précisément le rôle du contrat responsable de prendre en charge le ticket modérateur. Mais cette absorption a un prix, qui se répercute mécaniquement sur le niveau des cotisations, donc sur la part payée par le salarié chaque mois sur sa fiche de paie.
Pour les personnes en contrat individuel, sans la mutualisation et le pouvoir de négociation d’un contrat collectif, le risque est plus direct avec une hausse de cotisations plus marquée ou des contrats d’entrée de gamme qui ne couvrent que partiellement le nouveau ticket modérateur majoré.
Dans les deux cas, une chose ne change pas, la qualité de la négociation menée en amont reste le levier le plus efficace pour limiter l’impact de ces évolutions réglementaires sur votre budget.
Pour les DRH et dirigeants : anticiper plutôt que subir
Pour les entreprises, ce nouveau transfert de charges arrive dans un contexte déjà tendu. Nous le rappelions récemment dans notre analyse de l’inflation santé, les contrats collectifs ont subi des hausses de cotisations moyennes de +7,60% en 2025 puis +5,10% en 2026 sur le marché. Si les mesures évoquées par la ministre de la Santé se confirment à la rentrée, un troisième choc tarifaire pourrait s’ajouter à une trajectoire déjà difficile à budgéter pour de nombreuses directions financières et directions des ressources humaines.
C’est précisément dans ce type de contexte que la différence entre un assureur et un courtier prend tout son sens. Face à une demande de hausse de cotisation, qu’elle soit liée à la sinistralité du contrat ou à une évolution réglementaire comme celle qui se dessine, la question n’est jamais de savoir si la hausse est légitime dans l’absolu, mais si elle est justifiée au regard des données réelles du contrat. C’est tout l’enjeu d’une négociation menée par un courtier qui dispose de ses propres outils de projection actuarielle. Sur deux années consécutives, cette approche a permis à Gerep de limiter les hausses de cotisations de ses entreprises clientes.
Avec un cumul probable de facteurs haussiers, les renouvellements 2027 s’annoncent comme un nouveau test pour les directions des ressources humaines. Trois recommandations se dégagent pour les entreprises qui souhaitent anticiper plutôt que subir :
- Demander dès maintenant à son courtier ou assureur une simulation de l’impact potentiel d’une hausse du ticket modérateur sur le contrat en vigueur.
- Distinguer ce qui relève d’une évolution réglementaire réelle (donc subie par tous les acteurs) de ce qui relève d’une marge supplémentaire prise par l’assureur, une distinction que seule une analyse actuarielle permet d’établir.
- Anticiper le dialogue social : une hausse de cotisation liée à une décision gouvernementale se communique différemment, en interne, qu’une hausse liée à la sinistralité propre de l’entreprise. Préparer cet argumentaire en amont facilite grandement les négociations avec les partenaires sociaux.
Ce qu’il faut retenir
Rien n’est encore acté. Le gouvernement n’a pour l’heure confirmé ni le calendrier, ni le chiffrage des mesures évoquées par la ministre de la Santé. Mais le signal envoyé est clair, le transfert de charges vers les complémentaires santé redevient une variable d’ajustement de premier plan. Pour les salariés, ça signifie une vigilance accrue sur l’évolution de leur reste à charge et de leurs cotisations. Pour les entreprises, ça confirme l’importance de s’appuyer sur une expertise de négociation solide pour distinguer, ce qui relève d’une contrainte extérieure réelle de ce qui peut être négocié.
Nous continuerons à suivre ce dossier de près, notamment à mesure que des données officielles seront communiquées et à en mesurer les impacts pour nos entreprises clientes.
Article écrit par
Damien Vieillard-Baron

Amadou Kasse



Margaux Vieillard-Baron

