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Modifié le 30/10/2026
Le transfert de charges AMO-AMC consiste à faire prendre en charge par les complémentaires santé une dépense jusqu’ici remboursée par l’Assurance Maladie, par exemple en réduisant la part de l’AMO. Concrètement, ce sont les cotisations ou les garanties des contrats collectifs qui absorbent la différence. Au 30 octobre 2026, trois sujets sont en cours : le rapport AMO-AMC remis le 23 septembre, le PLFSS 2027 (rejeté en première lecture à l’Assemblée nationale le 23 octobre, examen au Sénat à partir du 9 novembre) et le gel des tarifs 2026 (censuré par le Conseil constitutionnel le 23 octobre).
Depuis fin septembre, trois chantiers distincts redessinent, chacun à sa manière, le partage entre l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) et les complémentaires santé (AMC). Un rapport officiel propose de refonder leur articulation, le PLFSS 2027 ajuste leurs financements respectifs, et le Conseil constitutionnel a tranché, le 23 octobre, le désaccord sur le gel des tarifs 2026.
Ce n’est pas un sujet nouveau. Nous avions suivi, en juillet, le vote du conseil de la Cnam contre les premiers projets de décrets. Voici où en sont ces trois chantiers depuis et ce qu’ils annoncent pour les entreprises et leurs salariés.
AMO, AMC : un rappel en une minute
L’AMO est le régime de base de la Sécurité sociale. Elle rembourse une part des frais de santé, calculée sur une base de référence. L’AMC désigne les mutuelles, assurances et institutions de prévoyance qui interviennent en complément, notamment sur le ticket modérateur.
Le débat porte sur l’équilibre entre ces deux acteurs, qui doit financer quoi et jusqu’où peut-on déplacer la charge de l’un vers l’autre sans qu’elle retombe, in fine, sur les ménages et les entreprises en mettant à mal le pouvoir d’achat.
Trois chantiers en cours, à ne pas confondre
| Chantier | Nature | Échéance |
| Rapport AMO-AMC | Structurel : 22 recommandations pour refonder le partage des rôles | Remis le 23 septembre 2026 ; suites à préciser |
| PLFSS 2027 | Budgétaire : économies, reconduction de la contribution exceptionnelle, nouveau transfert hospitalier (reconduction supprimée par les députés, mais présente dans le texte transmis au Sénat) | Présenté le 1er octobre, la partie recettes rejetée à l’Assemblée le 23 octobre, présenté au Sénat à partir du 9 novembre pour un vote définitif attendu en décembre |
| Contentieux sur le gel des tarifs 2026 | Juridique : QPC contre l’article de la LFSS 2026 | Gel censuré par le Conseil constitutionnel le 23 octobre 2026 (décision n° 2026-1230/1231 QPC) |
Le rapport AMO-AMC : une refonte structurelle
La mission confiée à Élisabeth Hubert, Nicolas Bouzou, Stéphane Junique et Franck von Lennep a remis son rapport le 23 septembre 2026, avec 22 recommandations, sur une ligne directrice explicite : ni nationalisation, ni privatisation. Parmi les pistes :
- un contrat « essentiel » remplacerait le contrat responsable, recentré sur un panier de soins jugé pertinent, il serait le seul éligible aux avantages fiscaux et sociaux ;
- un « décroisement » ferait basculer certaines prises en charge entièrement vers les complémentaires (optique, audio, transports sanitaires…), les organismes complémentaires étant rebaptisés « organismes d’assurance santé » ;
- pour l’audiologie, les complémentaires prendraient en charge la totalité des audioprothèses, aujourd’hui financées à hauteur de 450 M€ par l’Assurance Maladie et pour l’optique, la dépense concernée serait de 350 M€ ;
- un bouclier sanitaire, qui plafonnerait le reste à charge, n’a pas été retenu dans l’immédiat, faute de maturité du dispositif, il est renvoyé à une instruction approfondie ;
- plus sensible pour les entreprises, la mission a jugé peu réaliste de supprimer les avantages sociaux et fiscaux des contrats collectifs, mais un chiffrage de l’IGF et de l’IGAS existe et la piste pourrait ressurgir dans un futur PLFSS. Elle n’a pas été intégrée à un texte budgétaire à ce stade.
Deux réactions à noter, la Mutualité Française a accueilli le rapport avec prudence, le 29 septembre, en demandant que la réforme soit traitée comme un tout plutôt que mesure par mesure au fil des textes budgétaires. La Mecss de l’Assemblée nationale a, de son côté, présenté le lendemain un rapport d’information contenant des scénarios plus ambitieux que ceux du gouvernement, jusqu’à évoquer une « sécurité sociale intégrale ». L’un des deux scénarios prévoit une prise en charge à 100% d’un panier public par la Sécurité sociale.
Le PLFSS 2027 : le volet budgétaire
Après la LFSS 2026, le PLFSS 2027, présenté le 1er octobre 2026, prévoit 5,1 milliards d’euros d’économies sur la santé (3,9 milliards nets après 1,2 milliard de dépenses nouvelles), avec un ONDAM fixé à +2%, soit 278,7 milliards d’euros. Deux mesures concernent directement les complémentaires :
- la reconduction, pour 2027, de la contribution exceptionnelle de 2,05%sur les cotisations santé des mutuelles, pourtant présentée comme temporaire lors de sa création (environ 1,1 milliard d’euros attendus) ;
- un nouveau transfert de charges d’environ 400 millions d’euros sur les soins hospitaliers, qui réduirait la part remboursée par l’AMO sur certains actes, au profit des contrats responsables.
À ces mesures s’ajoutent les transferts déjà actés par décrets en août 2026, d’environ 1,5 milliard d’euros (soins de ville, dentaire, transports, dispositifs médicaux), qui s’appliqueront au 1er janvier 2027 indépendamment du vote du PLFSS.
Où en est le texte ?
Le 15 octobre, la commission des affaires sociales de l’Assemblée a supprimé la reconduction de la contribution exceptionnelle (article 12). Le 23 octobre, les députés ont supprimé cet article en séance, puis rejeté la partie « recettes » du PLFSS par 115 voix contre 1. Le texte est transmis au Sénat dans sa version initiale, c’est-à-dire celle du gouvernement, avec un examen en séance à partir du 9 novembre. Le recours au 49.3 ou aux ordonnances est évoqué pour la suite.
La Mutualité Française, France Assureurs et le CTIP ont réagi de façon commune, dénonçant un texte qui s’apparente à un « rabot aveugle » et transforme les complémentaires en variable d’ajustement budgétaire. La Mutualité Française chiffre à plus de 3 milliards d’euros la facture attendue pour les Français en 2027, en cumulant les transferts de l’été, les mesures hospitalières et la hausse de la taxation des cotisations. Elle demande en parallèle un retour du taux de taxe sur les contrats de complémentaire santé à 5,5%, le taux des biens essentiels.
Gel des tarifs 2026 : le Conseil constitutionnel l’a censuré
Le 23 octobre 2026, le Conseil constitutionnel a déclaré contraire à la Constitution le gel des cotisations de complémentaire santé pour 2026 (décision n° 2026-1230/1231 QPC, article 13 de la LFSS 2026). Saisi par le Conseil d’État le 24 juillet à la suite de deux questions prioritaires de constitutionnalité, il a jugé que ce gel portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre et à la liberté contractuelle.
Le Conseil reconnaît l’objectif de protection des consommateurs poursuivi par le législateur. Mais il relève que le gel s’opposait à toute augmentation des cotisations, quelle qu’en soit la cause : les organismes ne pouvaient donc plus couvrir leurs charges, notamment la hausse structurelle du coût des prestations. Cette lecture lève l’ambiguïté soulevée à l’audience sur la portée du dispositif. Les requérants (REMALIM, France Assureurs, Mutualité française) obtiennent gain de cause.
Pour les entreprises, la décision confirme que les organismes peuvent revaloriser leurs cotisations, dans le respect des dispositions contractuelles et réglementaires.
Les arguments en présence
Du côté du gouvernement :
L’objectif affiché est de réduire le déficit de la Sécurité sociale tout en engageant une réflexion de fond sur la répartition des rôles, sans basculer vers un système totalement public ou totalement privé.
Du côté des complémentaires :
La critique porte sur la méthode autant que sur le fond. Le reproche revient dans plusieurs prises de parole : les complémentaires seraient traitées comme une variable d’ajustement budgétaire d’un texte à l’autre, plutôt que comme des partenaires associés à la définition d’une trajectoire claire.
Du côté des parlementaires :
La Mecss de l’Assemblée nationale pousse pour une réflexion plus ambitieuse que celle du gouvernement, ce qui montre que le débat ne se limite pas à un rapport de force entre l’État et les assureurs, il traverse aussi les différentes sensibilités politiques.
Quel impact pour les entreprises ?
- Une pression sur les cotisations collectives, qui s’ajoute à celle déjà observée en 2026 et documentée dans notre article sur l'inflation santé et la capacité à négocier des entreprises. Les transferts actés cet été et ceux envisagés pour 2027 tendent, mécaniquement, à renchérir le coût des contrats. La censure du gel 2026 confirme par ailleurs que les organismes peuvent ajuster leurs cotisations.
- Une incertitude qui complique le pilotage budgétaire des renouvellements 2027, tant que ni le PLFSS (au Sénat à partir du 9 novembre) ni les suites du rapport AMO-AMC ne sont stabilisés.
- Un sujet à surveiller sur les avantages sociaux et fiscaux des contrats collectifs. Si le contrat « essentiel » remplaçait le contrat responsable, il serait le seul à en bénéficier. Les garanties allant au-delà pourraient perdre ces avantages, ce qui renchérirait leur coût pour l’entreprise et les salariés. Rien n’est acté à ce stade, mais la piste figure dans le rapport et pourrait revenir dans un futur texte budgétaire.
- Un possible transfert aux employeurs d’une partie des indemnités journalières des premiers jours d’arrêt, avec un enjeu direct de prévention et de gestion de l’absentéisme.
Calendrier à suivre
- 12 au 16 octobre 2026 : examen du PLFSS 2027 en commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale (fait ; suppression de la reconduction de la contribution exceptionnelle le 15 octobre).
- 13 octobre 2026 (fait) : audience du Conseil constitutionnel sur le gel des tarifs 2026.
- 23 octobre 2026 (fait) : décision du Conseil constitutionnel, qui censure le gel des tarifs 2026.
- 20 au 23 octobre 2026 (fait) : examen en séance publique ; le 23 octobre, rejet de la partie « recettes » (115 voix contre 1), le texte part au Sénat.
- Novembre 2026 : examen du texte au Sénat.
- Décembre 2026 : vote définitif du PLFSS 2027.
Au-delà : suites à donner au rapport AMO-AMC, pas encore précisées par le gouvernement
A retenir
Trois textes, trois calendriers, un seul sujet de fond, jusqu’où peut aller le transfert de charges de l’Assurance Maladie vers les complémentaires sans devenir, pour les entreprises et leurs salariés, une hausse de cotisations déguisée ou une baisse de garanties non assumée comme telle ? La décision du 23 octobre a clos un volet, celui du gel des tarifs. Les débats au Sénat en novembre et le vote de décembre donneront une première réponse sur le reste, mais le sujet dépasse ce seul calendrier budgétaire.
Vos questions :
C’est le fait de faire prendre en charge par les complémentaires santé une dépense jusqu’ici remboursée par l’Assurance Maladie, par exemple en baissant la part de l’AMO et en augmentant le ticket modérateur. Pour une entreprise, le surcoût se traduit par une hausse de cotisations ou une révision des garanties du contrat collectif.
Article écrit par
Charleyne Albert

Amadou Kasse

Gabriella Arcidiacono

Margaux Vieillard-Baron


