L’investissement durable en Europe : Tendances et Perspectives

Rédigé par Amadou Kasse        Publié le 17/01/2025

Au 31 juillet 2023, le marché européen comptait plus de 2 000 fonds labellisés « durables », gérant des encours dépassant 1 307 milliards d'euros. Malgré une importante décollecte en 2022, les sept principaux labels européens ont collecté plus de 28 milliards d'euros cette même année, dont 14 milliards pour les fonds labellisés ISR.

Quels sont les principaux labels européens et leurs caractéristiques ?

Dans l'écosystème de l'investissement durable européen, les labels jouent un rôle essentiel pour permettre aux investisseurs de comparer les produits financiers et de choisir ceux qui correspondent à leurs valeurs. Le marché européen des labels de financement durable est diversifié et dynamique, chacun répondant à des besoins spécifiques :

  • Label ISR (France) : Atteste que les fonds intègrent des critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) dans leurs décisions d’investissement, garantissant une gestion responsable et transparente prenant en compte l’impact sociétal et environnemental.
  • Label Greenfin (France) : Centré sur les enjeux environnementaux, il certifie les fonds investissant dans des projets à impact positif sur la transition énergétique et écologique.
  • Label Finansol (France) : Désigne les produits d’épargne solidaire finançant des projets à fort impact social, tels que l’inclusion financière et le développement durable dans les pays émergents.
  • FNG-Siegel (Allemagne, Autriche, Suisse) : Encourage une approche ESG globale et récompense les gestionnaires intégrant ces critères dans toutes leurs activités, avec un accent sur la transparence.
  • Towards Sustainability (Belgique) : Met en avant la rigueur de l’analyse ESG et exclut les secteurs controversés comme le charbon et les énergies fossiles non conventionnelles.
  • LuxFLAG (Luxembourg) : Propose plusieurs labels thématiques (microfinance, climat, obligations vertes, etc.), ciblant des projets à impact positif.
  • Umweltzeichen (Autriche) : Certifie les projets conciliant performance économique et respect de l’environnement, encourageant les pratiques durables.

Ces fonds d’investissement durables se sont largement imposés sur le marché de l’épargne salariale, où leur adoption a été accélérée en France par des lois favorisant la transition vers une économie décarbonée, telles que la loi sur l'industrie verte. Ils permettent aux salariés d’investir dans des projets variés, allant du Plan d’épargne retraite collectif au (PERO), tout en générant un impact positif sur la société et l’environnement.

 

Fonds labellisés à Fin Juillet 2023
(source : Novethic)

 
FONDS LABELLISÉS A FIN JUILLET 2023- investissement durable

 

La France en tête de l’ISR en Europe

Les labels les plus répandus sont le label ISR français et le standard belge Towards Sustainability. En juillet 2023, le label ISR gérait 783 milliards d’euros d’encours 1354 fonds, contre 539 milliards pour Towards Sustainability, qui comptait 771 fonds labellisés.

Avec le nouveau référentiel ISR qui rend les conditions de labellisation plus stricte, ce sont seulement 940 fonds qui conservent le label au 1er janvier 2025. Près de 30% des fonds antérieurement labellisés, sortent ainsi du périmètre ISR, faute de remplir les nouvelles exigences.

La majorité des fonds labellisés européens sont classés en Article 8 selon la réglementation européenne SFDR, avec 80 % des fonds classés en Article 8 et 20 % en Article 9. Les labels Nordic Swan et Greenfin sont principalement attribués aux fonds Article 9.

En France, l’investissement durable dans ces fonds reflète une vraie diversification entre les différentes classes d’actifs.

Répartition par classes d’actifs des fonds d’investissement responsables

Répartition par classes d’actifs des fonds d’investissement responsables-investissement durable 1
Répartition par classes d’actifs des fonds d’investissement responsables-investissement durable 2

 

Les stratégies derrière l’ISR

L’investissement socialement responsable (ISR) repose sur des stratégies variées qui combinent des critères ESG et des approches spécifiques :

Approches "best" :

  • Best-in-class : Sélection des entreprises les mieux notées ESG par secteur
  • Best-in-universe : Identification des entreprises les plus performantes sur des critères ESG, tous secteurs confondus
  • Best-effort : Focus sur les entreprises améliorant leurs pratiques ESG

Exclusions :

  • Sectorielle : Elimination des secteurs jugés nuisibles
  • Normative : Exclusion des entreprises ne respectant pas certaines normes internationales

Engagement actionnarial actif :

  • Les investisseurs influencent les politiques ESG via leurs droits de vote

Approches thématiques :

  • Investissement dans des thèmes spécifiques tels que la santé ou les énergies renouvelables

Investissement à impact :

  • Allie rendement financier et impact social ou environnemental mesurable

 

Exclusion des énergies fossiles : une démarche clivante

Au sein de ce paysage complexe, la question de l’exclusion des énergies fossiles reste centrale. Des labels comme Towards Sustainability adoptent une approche stricte, excluant systématiquement le charbon, le pétrole et les gaz non conventionnels. Ils défendent l’idée que tout investissement dans ces énergies va à l’encontre des objectifs climatiques globaux.

D’autres, comme le label ISR français, préféraient jusqu’à très récemment garder une stratégie plus nuancée, considérant qu’il est essentiel d’accompagner les grandes entreprises énergétiques dans leur transition vers des investissements durables, plutôt que de les exclure. Cette approche reconnaît la complexité de la transition énergétique, mais elle soulève également des questions sur son efficacité et sa cohérence avec les engagements climatiques.

L’évolution récente du Label ISR français (en mars 2024), avec l’intégration d’une dimension climat dans son socle, en excluant les entreprises qui exploitent du charbon ou des hydrocarbures non conventionnels, témoigne de la nécessité d’avoir plus de cohérence entre les objectifs des labels et la réalité des investissements.

Une performance financière sous le prisme de la durabilité 

L’impact de ces divergences se reflète dans les performances des fonds d’investissement durables. En 2022, ces derniers ont enregistré une baisse moyenne de -14,09 %, en grande partie due à leur faible exposition aux énergies fossiles, un secteur qui a bénéficié d’une forte croissance dans le contexte de la crise énergétique. Pourtant, le début de 2023 a montré un renversement de tendance, avec des performances moyennes atteignant +13,52 %.

Ces fluctuations mettent en lumière la nécessité d’adopter une perspective long-termiste. Si l’exclusion des énergies fossiles peut pénaliser les performances à court terme, elle s’inscrit dans une logique de gestion des risques climatiques, anticipant les réglementations futures, les préférences des consommateurs et les impacts du changement climatique sur les entreprises.

La taxonomie verte : une boussole essentielle 

Pour naviguer dans cet univers complexe, la taxonomie verte européenne joue un rôle clé. Ce système de classification offre un cadre pour identifier les activités économiques réellement durables et éviter les dérives de l'écoblanchiment [1] (ou greenwaching). En exigeant une transparence accrue, elle aide les investisseurs à distinguer les fonds réellement engagés dans la transition écologique de ceux qui se contentent de capitaliser sur l’engouement pour les investissements durables et responsables.

Cependant, l’étude de Morningstar révèle que la majorité des fonds labellisés (93%) en Europe ne s’alignent pas sur cette taxonomie, ce qui soulève des questions sur l’efficacité des labels actuels.

Une réforme de ces cadres de labellisation semble donc indispensable pour restaurer la confiance des investisseurs.

 

Un équilibre pour l'investissement durable à trouver 

L’investissement durable est à un tournant décisif. La demande croissante pour des placements responsables témoigne d’une prise de conscience collective, mais elle s’accompagne d’attentes élevées, tant en termes de transparence que d’impact réel.

L’exclusion des énergies fossiles reste une démarche controversée, mais elle constitue un signal fort en faveur d’une économie bas-carbone. En parallèle, des outils comme la taxonomie verte offrent une boussole essentielle pour guider les investisseurs dans leurs choix.

Pour construire un avenir véritablement durable, il est impératif de renforcer la cohérence entre les labels, d’encourager la transparence et de promouvoir une vision à long-terme.

 

[1]
L'écoblanchiment c'est quoi ?

L'écoblanchiment, aussi connu sous le nom de "greenwashing", est une pratique trompeuse où une entreprise donne l'impression que ses produits ou ses actions sont plus respectueux de l'environnement qu'ils ne le sont réellement. Cela peut inclure l'utilisation de termes vagues comme "écologique" ou "durable" sans preuves concrètes, ou encore l'emploi d'images de nature pour suggérer un impact environnemental positif.

En gros, c'est une manière pour certaines entreprises de se donner une image verte sans réellement adopter des pratiques durables. Cela peut induire les consommateurs en erreur et les amener à acheter des produits qu'ils croient être plus respectueux de l'environnement qu'ils ne le sont en réalité.

 

FAQ - Questions sur l'investissement durable

Qu’est-ce que l’investissement durable ?

L’investissement durable consiste à allouer des ressources financières à des projets, entreprises ou initiatives qui favorisent un développement économique respectueux de l’environnement, de la société et des bonnes pratiques de gouvernance (critères ESG : Environnement, Social, Gouvernance).

Pour les RH, ce type d’investissement est un levier stratégique. D’abord, il reflète l’engagement de l’entreprise envers des valeurs fortes, ce qui renforce la marque employeur et attire des talents sensibles à ces enjeux. Ensuite, proposer aux salariés des options comme l’épargne dans des fonds durables leur permet de donner du sens à leur argent tout en préparant leur avenir. C’est aussi une manière de montrer que l’entreprise prend ses responsabilités : non seulement pour la planète, mais aussi pour créer un cadre de travail respectueux et éthique.

Ce choix représente plusieurs bénéfices : générer un rendement financier tout en ayant un impact positif et durable sur la planète, la société et le quotidien de chacun.

Est-ce que l’investissement durable est efficace ?

Oui, l’investissement durable s’avère être efficace, mais aussi de plus en plus prisé par les investisseurs et les entreprises.

Des études montrent que les entreprises intégrant des pratiques ESG solides sont souvent plus résilientes face aux crises économiques et climatiques, tout en attirant des talents et des clients sensibles à ces enjeux. Et, en choisissant de soutenir des projets et des entreprises responsables, cela contribue à l’impact positif sur la société et l’environnement. Pour les salariés et les entreprises, c’est un levier pour aligner leurs valeurs personnelles ou collectives avec des choix financiers.

De plus, il peut offrir des performances financières compétitives : les fonds durables tendent souvent à obtenir des résultats comparables, voire supérieurs, à ceux des investissements traditionnels. Cependant, il est important de rappeler que les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs, comme pour tout type d’investissement.

Quelle est la différence entre l’investissement responsable et l’investissement durable ?

L’investissement responsable (IR) et l’investissement durable (ID) partagent des objectifs communs, comme intégrer des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les choix financiers. Mais, ils ont des approches différentes :

  • Investissement responsable: se concentre sur la gestion des risques ESG. Il s’agit d’éviter les pratiques ou secteurs controversés (comme les énergies fossiles ou l’armement) en intégrant des critères éthiques et de durabilité dans les décisions d’investissement. C’est une démarche qui cherche à limiter les impacts négatifs tout en assurant une performance financière stable.
  • Investissement durable : il vise à créer un impact positif sur la société et l’environnement, en soutenant activement des entreprises ou projets qui répondent aux grands défis du développement durable (transition énergétique, réduction des inégalités, innovations vertes, etc.).

L’investissement responsable est souvent une question d’éthique et de gestion des risques, tandis que l’investissement durable implique une ambition proactive de transformation positive. Les deux approches sont complémentaires, mais l’investissement durable reflète un engagement encore plus poussé vers un avenir meilleur.

Quelles sont les trois catégories clés du SFDR ?

Le SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), un règlement européen sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers, distingue trois catégories clés pour classer les produits financiers selon leur niveau d'engagement en matière de durabilité :

  • Article 6 : Ces produits n’intègrent pas spécifiquement les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans leur stratégie d’investissement. Ils peuvent néanmoins mentionner comment les risques de durabilité sont pris en compte dans le processus décisionnel.
  • Article 8 (Produits à caractéristiques environnementales ou sociales) : Ces produits promeuvent des caractéristiques liées à l’environnement ou à des enjeux sociaux, mais sans avoir comme objectif principal un impact durable. Par exemple, ils peuvent inclure des filtres pour investir dans des entreprises adoptant de bonnes pratiques ESG, sans aller jusqu’à viser des changements environnementaux ou sociaux mesurables.
  • Article 9 (Produits ayant un objectif d’investissement durable) : Ces produits ont pour objectif principal de générer un impact positif mesurable sur la durabilité, comme la lutte contre le changement climatique ou la réduction des inégalités. Ils sont les plus engagés en matière de durabilité, alignant leur stratégie sur des objectifs environnementaux ou sociaux concrets.
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Article écrit par
Amadou Kasse

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